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Après le premier tour

Aulas : anatomie d’un naufrage

Jean-Michel Aulas, richissime homme d’affaires et ex-président de l’OL, qui promettait de faire « de la politique autrement » et de chasser le maire sortant Grégory Doucet, est passé en l’espace de quelques semaines du statut d’archi-favori des sondages à celui de probable futur perdant. Chronique d’un naufrage annoncé en six actes.

Acte I : la révélation
Le 26 septembre, Jean-Michel Aulas monte sur scène au H7, un centre événementiel à la Confluence. La mise en scène est travaillée : des jeunes courent dans les allées et scandent des slogans au milieu d’un parterre de cheveux gris, heureux de prendre un peu de lumière. « Oui, je veux devenir votre prochain maire en 2026 », clame celui qui préparait sa candidature depuis plusieurs mois à coups de tweets rageurs.

Faute de candidat crédible, la droite et la macronie locales s’était rapidement rangées derrière l’homme d’affaires. L’alliance a été scellée sous le patronage de Laurent Wauquiez, venu en personne réunir Aulas et le maire du 2ᵉ arrondissement, Pierre Oliver, qui s’y voyait un temps.

La presse est sous le charme de celui qui a mené le club de football de la ville à une série de sept titres de champion de France consécutifs. Articles et couvertures complaisants - voire carrément partisans - fleurissent. Les sondages prédisent un match joué d’avance : 47 % pour Aulas, 24 % pour le maire sortant Grégory Doucet. Certains éditorialistes et soutiens se mettent même à rêver d’une élection dès le premier tour.

Acte II : l’euphorie
Les petites mains investissent les marchés et inondent les réseaux sociaux de photos où elles posent tout sourire, tout en affichant une humilité de façade pour affirmer que « rien n’est encore joué ». Et tant pis si les tracts sentent la naphtaline, avec leurs visuels ringards, leurs couleurs délavées et leur vide programmatique.

Pendant ce temps, le candidat fait ce qu’il sait faire le mieux : de la communication. Déambulations dans les rues, selfies avec des soutiens, dédicaces sur des maillots de l’OL, petites phrases assassines sur la « décadence absolue » de la ville de Lyon qu’il dit avoir constatée et qu’il impute aux écologistes.

De temps à autre, il annonce un projet clinquant pour faire le buzz : un mégatunnel sous la ville, un stade de football à la Duchère, un métro de Tassin à Décines - qui desservirait opportunément le stade dont il est actionnaire et la salle de spectacle qui lui appartient. Mais n’y voyez aucun conflit d’intérêts : grâce à son expérience d’homme d’affaires, il saurait les éviter.

La presse joue docilement le jeu et commente abondamment chaque nouvelle sortie du candidat. Rares sont les médias qui assument leur rôle de vérificateur, à l’instar du Progrès, qui révèle le véritable coût du mégatunnel, ou de Rue89Lyon, qui fait de même pour le mégamétro.

Acte III : la contre-attaque
Malgré les mauvais sondages, la gauche ne baisse pas les bras. Le 4 novembre 2025, Grégory Doucet scelle l’union de la gauche à Lyon (sans LFI), même si la piètre qualité de la photo officielle trahit la précipitation de l’opération. Un mois plus tard, le président de la Métropole, Bruno Bernard, annonce lui aussi sa candidature à sa succession dans une interview au Progrès.

La stratégie de la gauche est simple : le sérieux. Ne proposer que des projets finançables, tout en démontant les fake news du camp Aulas. Les propositions sont distillées au fil de l’eau : nouveaux tramways pour desservir le nord et l’est de la métropole, maintien de l’encadrement des loyers qu’Aulas veut supprimer, maintien de la régie publique de l’eau qu’il souhaite privatiser, centres de santé, grand parc sur la rive droite du Rhône, etc.
La stratégie semble porter quelques fruits : Doucet grappille quelques points dans les sondages, mais Aulas reste largement en tête.

Acte IV : le bateau prend l’eau
De plus en plus critiqué sur la faiblesse de ses propositions, Jean-Michel Aulas annonce enfin ce qui doit tenir lieu de programme. Le 18 février il fait défiler devant les journalistes une présentation façon PowerPoint de cabinet de conseil : un projet composite, sans véritable colonne vertébrale, mêlant grands travaux et mesures sécuritaires. Interrogé sur le financement, il répond invariablement : « faites-moi confiance, je sais faire ».

La promesse de faire une large place à la société civile ne fait pas long feu non plus. Dans les dix premières places de sa liste, seuls lui-même, Laure Cédat et Franck Pelissier incarnent encore cette promesse. Quant aux têtes de liste dans les neuf arrondissements de Lyon, seules trois ne sont pas des professionnels de la politique. « Un rassemblement de perdants de ces vingt dernières années, qui s’accrochent en espérant un fauteuil pour retrouver du pouvoir et des indemnités », persiflent ses adversaires.

Dans le même temps, les relations avec les médias se tendent. L’homme d’affaires sélectionne les journalistes autorisés à suivre ses déambulations et à assister à ses conférences de presse. Dans son entourage, on ne s’en cache pas : « On s’en fout, tout le monde déteste les journalistes. Regardez Trump : la façon dont il traite les médias ne l’a pas empêché d’être élu et réélu », rapporte le journaliste Philippe Brunet-Lecomte. Le Club de la presse s’en offusque et convoque le candidat. Celui-ci refuse d’abord, avant de se raviser. La rencontre du 11 mars ne restera pas dans les mémoires.

Acte V : l’agonie
Le véritable naufrage médiatique intervient lors d’un débat en direct sur BFM TV. La chaîne d’information avait invité les quatre principaux candidats à débattre pendant une heure et demie. Les thèmes choisis - principalement la sécurité et la circulation - auraient pourtant dû correspondre aux priorités affichées du candidat Aulas. Hélas, l’ancien patron de l’OL se montre incapable de répondre clairement aux questions sans lire ses notes. L’estocade est portée en fin d’émission par Alexandre Dupalais : « Personne n’a compris le programme de Monsieur Aulas », persifle le candidat d’extrême droite.

L’apprenti candidat ne se montre guère plus convaincant lors de ses interviews sur les chaînes nationales. Sur France Inter, il parle football lorsqu’on l’interroge sur les cantines scolaires, et embouteillages quand la question porte sur Quentin Deranque, ce jeune admirateur d’Hitler dont il voulait afficher le portrait sur les grilles de l’Hôtel de Ville. À côté de cela, ses bourdes sur le prix d’un abonnement TCL paraissent presque anecdotiques.

Après le débat raté sur BFM, sa réaction est scrutée. Va-t-il repartir au combat pour faire oublier sa prestation calamiteuse ? Il n’en est rien. Claquemuré dans son QG, il se fait remplacer par Pierre Oliver sur France 3, et par une chaise vide lors d’un autre débat organisé par la presse écrite.

Lors du meeting de fin de campagne, le cœur n’y est plus. Malgré l’intervention vidéo de plusieurs stars - actuelles ou passées - de l’OL, l’ambiance reste tiède. Comme lors du premier meeting, le candidat lit son discours sur prompteur. L’organisation annonce 3000 participants dans une salle qui peut en contenir la moitié, et qui paraît à moitié vide.
Les sondages restent pourtant favorables, malgré un léger tassement à 40 %. Jusqu’au dernier acte.

Acte VI : le crépuscule
Peu avant 21h le dimanche 15 mars, les premières estimations confirment l’impensable : l’écologiste Grégory Doucet arrive en tête du premier tour. Jean-Michel Aulas ne termine que deuxième. À gauche, c’est l’euphorie, même chez LFI malgré un modeste 10,4 %. Un score suffisant pour faire planer la menace d’un maintien et exiger une « fusion technique », c’est-à-dire une fusion des listes, chacun gardant son programme.

Dans le camp Aulas, c’est la consternation. Si beaucoup avaient renoncé à l’idée d’une victoire au premier tour, personne n’avait imaginé un tel revers. Devant les caméras, le candidat est réduit à bafouiller quelques éléments de langage : un « accord de la honte » pour dénoncer la fusion prévue de la gauche, un « match retour » à venir pour entretenir un mince espoir, et la sempiternelle « société civile » dont il se dit issu.

Épilogue
Jean-Michel Aulas aurait « perdu une élection imperdable », entend-on ici ou là au soir du premier tour. En réalité, en dehors de quelques instituts de sondage et de médias partisans, personne n’a pu croire qu’elle a été réellement gagnable.

Une élection ne se remporte pas à coups de selfies sur les marchés. Les projets sans financement convainquent de moins en moins. Les fake news et les vérités alternatives séduisent aux États-Unis, mais pas (encore) en France.

La droite avait tout misé sur la notoriété d’un homme. Pas sur l’homme lui-même - qui ne présentait aucune des compétences nécessaires à la gestion d’une ville - mais sur sa notoriété. Ce qui laisse finalement beaucoup d’espoir pour certains en vue des prochains scrutins : Dagobert Duck, Superman, le prince Harry ou Fabrice Luchini peuvent déjà activer leur compte Twitter. Avec Luchini, au moins, la campagne serait drôle.

Publié le : lundi 16 mars 2026, par Michael Augustin

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