« C’est le pot de fer contre le pot de terre, le riche contre les faibles : une véritable procédure-bâillon », s’est emporté Me Thomas Fourrey, avocat des trois journalistes poursuivis. C’était surtout une grande séquence de coupage de cheveux en quatre, où l’on a disséqué « insinuations » et supposée passion pour les jets privés.
Le litige remonte à une enquête publiée le 16 octobre 2023 et intitulée « Les Aulas s’envolent en jet privé vers les paradis fiscaux ». Elle est signée Moran Kerinec et Raphaël Da Silva, deux pigistes du site d’information, poursuivis aux côtés du directeur de la publication Pierre Lemerle. Ni un ni deux, l’homme d’affaire avait porté plainte et s’était constitué partie civile avec son fils. Les trois journalistes ne l’ont appris que sept mois plus tard par une convocation au commissariat.
L’enquête exploite les données d’OpenLux, la vaste base de données constituée par Le Monde en 2021. Les journalistes se sont penchés sur Embassair, une société exploitant un terminal de luxe pour jets privés en Floride via un montage sophistiqué impliquant des sociétés au Luxembourg, aux Îles Vierges britanniques et dans le Delaware américain, et dans laquelle les Aulas détiennent des parts.
Le sujet est doublement problématique : extrêmement climaticides, les jets privés émettent 400 fois plus de CO2 que le TGV. Quant aux paradis fiscaux, ils sont fréquemment utilisés pour l’évasion fiscale. Est-ce le cas des Aulas ? On ne le saura pas. Ni père ni fils n’avaient répondu aux deux journalistes, qui se sont bien gardés de l’affirmer dans leur article.
Oui, mais ils l’ont insinué, rétorquent les avocats du multimillionnaire, qui avaient épluché l’article pour en extraire quelques termes jugés « diffamants », comme « sociétés offshore » ou « jeu de poupées russes ». Quid de la supposée addiction aux jets privés de l’ancien président de l’OL, également évoquée dans l’article ? Les deux publications de presse citées par les journalistes suffisent-elles à la démontrer ? Probablement pas. Mais pas de quoi crier au loup pour la défense, pour qui « tout est vrai » dans l’enquête. Avant d’ironiser que « le fumet de l’évasion fiscale caresse nos narines ».
Au final, le procès, largement médiatisé, aura laissé un goût de « tout ça pour ça ». Surtout au procureur qui n’a posé aucune question et n’a formulé aucune réquisition. Les Aulas réclament, eux, un euro symbolique de dommages et 2000 euros de frais de justice pour chacun. L’avocat de Rue89Lyon réclame, lui, la reconnaissance d’une procédure abusive et le remboursement des frais engagés.
La décision sera rendue le 20 janvier prochain pour clore cet épisode - à moins que Jean-Michel Aulas ne décide de s’en prendre également à la suite de l’enquête, récemment publiée.







