Il a sa page Facebook et son compte Instagram : Jean-Michel Hélas. On y trouve une vaste collection d’affiches qui s’allonge chaque jour. Des dizaines et des dizaines de slogans apposés sur des couleurs flashy. Des calembours et jeux de mots qui pastichent souvent le passé footeux du candidat de la droite : « Grand stade, petites idées », « Avec toi, la ville est footue », quand d’autres lui souhaitent de rester « sur le banc de touche ».
À l’origine de cette initiative : un graphiste lyonnais qui souhaite rester anonyme. Retrouvé par L’Écornifleur, le journal des étudiants en journalisme de Sciences Po Lyon, il explique que ces affiches sont « une façon de promouvoir une vision plus progressiste, plus humaniste, plus écologiste, à l’opposé de ce qu’est Jean-Michel Aulas, porteur d’une autre vision du monde qui me semble archaïque et dépassée ». Sur le site web créé pour l’occasion, chacun peut créer sa propre affiche, l’imprimer puis la coller sur le mur ou le poteau de son choix.
Elle y côtoiera peut-être celles créées par six associations lyonnaises qui ciblent, elles, le nom de campagne « Cœur lyonnais » du candidat à la mairie. Sur leurs visuels, le cœur dégouline de sang et les punchlines dénoncent le « masculinisme » et le « racisme » présumés de Jean-Michel Aulas, ainsi que des mesures qui aggraveraient le mal-logement ou la pollution de l’air.
Autre artiste, autre jeu de mots : l’ancien président de l’OL devient ici « Deg’aulas », une campagne déclinée en quatre visuels. « Un tunnel à 2 milliards, c’est deg’aulas », peut-on y lire, tout comme « Évasion fiscale, sociétés offshore ». De l’autre côté, « +58 % de vélos, -12 % de voitures » et « Loyers encadrés », ce n’est « pas deg’Aulas ». L’initiative est revendiquée par Fulmine et Cabriole, un sérigrapheur autodidacte de la Guillotière.
Ce phénomène n’a rien de nouveau. Il s’inscrit dans une longue tradition française où l’humour constitue une arme politique. « Dans les pamphlets et dans les gravures qui les accompagnent, le roi de France Henri III devient rapidement un tyran hérétique dirigé par le Malin, puis se métamorphose naturellement en monstre », explique l’historienne Annie Duprat dans les Cahiers d’histoire. « La caricature est alors devenue, et pour longtemps, une arme de combat politique. »
L’invention de la gravure et de l’estampe permet en effet de reproduire à plusieurs centaines d’exemplaires des images que l’on se passe sous le manteau, vendues ou placardées. « C’est l’arme fatale », commente Frédéric Elsig, professeur à l’Université de Genève. « Dès le moment où la capacité de diffusion est démultipliée, l’image devient un outil de guerre. »
Dès le XIXᵉ siècle, des journaux satiriques utilisent le dessin et l’ironie pour commenter l’actualité politique. À Lyon même, l’hebdomadaire La Comédie politique, fondé en 1871, publiait déjà des caricatures attaquant les pouvoirs en place comme leurs opposants. Ses polémiques antirépublicaines et ses violentes attaques ad hominem lui valaient d’ailleurs de nombreuses poursuites et condamnations.
« Il existait naguère une association de caricaturistes qui avait choisi de s’intituler ‘Un bon dessin vaut mieux qu’un long discours’ », rappelle l’ancien directeur de Radio France Jean-Noël Jeanneney. « Avec l’humour, on s’empare de sujets lourds et laborieux que sont les questions politiques pour en proposer une vision joyeuse et colorée », acquiesce le créateur anonyme du phénomène Jean-Michel Hélas. « L’humour est une arme formidable pour faire passer des idées. L’art, c’est un stock de munitions politiques et culturelles. »
Une puissance de feu démultipliée à l’ère d’Internet, où tous les collages sont immédiatement relayés sur les réseaux sociaux. D’autres initiatives y prennent même naissance, comme cette série de fausses couvertures inspirées des albums pour enfants Martine. Elles mettent en scène Jean-Mi, un garçon aux traits du candidat, avec des titres tirés de la campagne : « Jean-Mi aime pas débattre », « Jean-Mi présente un projet magique », « Jean-Mi aime la bagnole », avant un prophétique « Jean-Mi retourne à l’Ehpad ».







