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Accueil > Politique > « Bâtir des ponts au lieu de creuser des trous »
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Meeting de lancement de la gauche

« Bâtir des ponts au lieu de creuser des trous »

C’était l’opération reconquête. Conjurer les mauvais sondages, se montrer combatif, galvaniser les soutiens. Et l’organisation avait mis les petits plats dans les grands ce samedi au Sucre, lieu culturel perché au sommet de la Sucrière.

À l’extérieur, des buvettes prennent soin des ventres vides et des gosiers assoiffés, tandis que Papy Art, sérigraphe militant des pentes de la Croix-Rousse, imprime des slogans de campagne sur des tote bags et des t-shirts. À l’intérieur, une grande bâche mauve habille la scène. « Pour vivre Lyon » est écrit en lettres capitales. Et « Avec Grégory Doucet ». Les 780 places de la salle de concert s’avèrent insuffisantes, au grand dam des retardataires contraints de rebrousser chemin.

Dehors, au pied des grands escaliers métalliques, une poignée de militants animalistes s’était démenée pour réclamer la fermeture du zoo de Lyon, sans grande résonance auprès de la file d’attente. Pas plus de succès pour les quelques militants du droit au logement, parvenus à se faufiler dans la salle aux cris de « Les écologistes mettent des enfants à la rue » et « Solution : révolution », tout en jetant quelques tracts dans la foule.

Sur scène, les premiers orateurs donnent le ton. « Une campagne ne se gagne pas dans les sondages », veulent-ils croire, « mais dans les quartiers, sur les marchés, au porte-à-porte ». Ils s’emploient à rappeler quelques marqueurs du mandat : la ville à hauteur d’enfants, avec notamment l’aménagement de rues piétonnes devant les écoles, ou encore l’inclusivité, avec la création d’une résidence dédiée aux seniors LGBT. « Une première en France », rappelle Christophe Dercamp, « drag queer politique engagé » à l’éventail arc-en-ciel. « L’avenir, ce n’est pas de creuser des trous mais de bâtir des ponts », lance-t-il à l’attention de Jean-Michel Aulas et de son projet de méga-tunnel à plusieurs milliards d’euros. Avant de faire huer le maire du 2e arrondissement, Pierre Oliver, qui voudrait supprimer les subventions aux associations LGBT. Inclusion toujours avec Mouttou Sagadevin, colistier dans le 8e arrondissement, « sourd, queer et racisé », qui déroule son discours en langue des signes.

Ce n’était pas la seule fois que Jean-Michel Aulas apparaissait en creux dans les prises de parole. « L’homme de l’ancien monde », celui « qui n’a pas d’étiquette mais qui les collectionne toutes, celles du populisme, des affaires et du cynisme fiscal », est fustigé par la députée socialiste Sandrine Runel, très en verve. Avant qu’elle n’accuse le favori des sondages d’être « nostalgique de la ville bétonnée et embouteillée ».

Avant elle, l’intervention surprise d’Amine Kessaci est longuement applaudie. « Nous ne baisserons jamais les bras, ni la tête, ni les yeux », lance le militant anti-drogue marseillais, dont deux frères ont été assassinés par des trafiquants. Protégé par quatre policiers lourdement armés, il est venu parler sécurité, un thème imposé dans la campagne par la droite et l’extrême droite, auquel l’équipe de Grégory Doucet se devait de répondre. Mais pas question de se lancer dans une surenchère sur le nombre de policiers recrutés ou de caméras installées. La sécurité est ici abordée sous l’angle de la prévention. « Grégory, quand il se bat, il ne se bat pas contre, il se bat pour la dignité », clame le militant marseillais. « Il se bat pour l’égalité, pour l’équité, pour des transports qui accompagnent tout le monde, pour la justice sociale et la justice environnementale dans les quartiers. Bref, il se bat pour notre vie. »

Après une heure d’échauffement de la salle, c’est au son de Hung Up de Madonna que le maire fait son entrée. « Waiting for your call, baby, night and day, I’m fed up, I’m tired of waiting on you. » Et un premier bain de foule pour Grégory Doucet, avant de monter sur l’estrade. La mise en scène est millimétrée : les mains en l’air, le poing brandi, les bras ouverts comme pour enlacer la salle. Montrer que, justement, il n’a pas renoncé. Le ton se veut offensif. Contrairement à Aulas, il n’a pas besoin de prompteur pour se souvenir de son discours. « L’histoire s’écrit aujourd’hui », lance-t-il, interrompu çà et là par des « On va gagner ». Comme pour rappeler qu’il avait enjoint Lyon en 2020 à « ne pas manquer son rendez-vous avec l’Histoire », un slogan qui lui avait alors plutôt bien réussi.

Les premiers mots sont consacrés à la nécessaire adaptation climatique dans une ville « au climat d’Alger » en 2050. Puis vient la « sécurité des Lyonnais ». « Toutes les sécurités », précise le maire. Il annonce une brigade anti-incivilités pour faire « respecter le cadre de vie » et un « plan ambitieux de prévention et de lutte contre le trafic de stupéfiants ». « Nous mettrons à l’abri et accompagnerons les familles des victimes du narcotrafic », promet Grégory Doucet, « comme nous mettons à l’abri à Lyon, depuis ce mandat, les femmes victimes de violences et les défenseurs des droits humains menacés dans leurs pays ».

Il décline ensuite le thème de la sécurité sur d’autres axes et égrène quelques mesures phares proposées aux Lyonnais pour les six prochaines années : dix centres de santé et une mutuelle municipale pour permettre à tous de se soigner ; le périscolaire ouvert toute la journée le mercredi ; la gratuité des fournitures scolaires, mais pas celle des cantines, à laquelle il préfère « l’équité », chacun payant en fonction de ses revenus ; une assurance habitation et la création d’un fonds de rénovation thermique pour faciliter l’accès au logement. Et de lancer, bravache : « Personne à Lyon ne désencadrera les loyers », alors que la mesure est dans le collimateur de la droite. Enfin, l’agrandissement de la bibliothèque de la Part-Dieu, un chantier chiffré à 140 millions d’euros pour un meilleur accès à la culture.

Le tout pour bâtir une « ville protectrice, inclusive, inspirante et créative, prospère et généreuse ». Sans oublier, lui aussi, de tacler Jean-Michel Aulas et son projet « abracadabrantesque » de méga-tunnel qui causerait la « ruine de cette collectivité » sans résoudre aucun problème. Mais aucune mesure véritablement nouvelle.

Après avoir réuni ses colistiers sur scène pour la traditionnelle photo de famille, le maire s’offre un nouveau bain de foule, toujours accompagné par Madonna. « Time goes by so slowly. » Le temps, pour les militants, de retourner se restaurer sur la terrasse qui surplombe la Saône et d’acheter quelques t-shirts révolutionnaires.

Photo : © Michael Augustin

Publié le : lundi 19 janvier 2026, par Michael Augustin

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