Le 25 mai 2024, l’OL et le PSG s’affrontent au stade Pierre-Mauroy de Lille. Pour l’occasion, le club lyonnais a installé un écran géant au Groupama Stadium et aménagé une fan zone sur la pelouse, où 35 000 supporters se sont rassemblés. A la mi-temps, Anissa et Kenza, de petite taille, se glissent au premier rang, juste derrière la grille.
Leur présence intrigue plusieurs garçons installés juste derrière elles. Est-ce parce qu’elles sont d’origine maghrébine et que Kenza porte le voile ? En tout cas, les gestes obscènes et les insultes fusent. « Sales grosses putes, suce ma bite, on va lui arracher le voile », affirment avoir entendu les jeunes femmes, des propos corroborés par des témoins. Les deux agresseurs les plus virulents sont deux frères : Adrien, 20 ans à l’époque, et son frère aîné Thibault, 24 ans. Ce dernier n’est pas un inconnu de la justice. Il traîne déjà une condamnation pour violences conjugales. Présumés innocents à ce stade de la procédure, tous deux ont comparu devant le tribunal.
À la barre, ils nient les faits. Tout juste, ils reconnaissent une bousculade involontaire. Ceci alors que les preuves sont accablantes : l’intégralité de la scène a été filmée par la télévision du club. Sur ces images d’une qualité parfaite, on voit Thibault profiter de l’agitation au moment du but pour se porter aux côtés d’Anissa, s’appuyer contre elle et lui asséner de violents coups de coude au visage. Dix coups, ont comptabilisés les enquêteurs, le jeune homme se retournant même vers sa victime pour s’assurer que ses coups atteignaient bien leur cible. Finalement, des stadiers, alertés par des témoins, ont évacué les deux frères.
En pleurs, Anissa quitte précipitamment le stade. « C’était une jeune femme habituellement solaire et sociable », précise son avocat, Me Tammouz Al-Douri. Mais ce soir-là, sa vie a basculé. Les médecins ont constaté de nombreuses ecchymoses aux lombaires, au dos, ainsi qu’un saignement à la lèvre. En arrêt de travail pendant un mois, cette fervente supportrice de l’OL n’a plus jamais remis les pieds au Groupama Stadium. Son amie Kenza s’est, quant à elle, vu prescrire 3 jours d’ITT pour une contusion cervicale.
Le mobile raciste au cœur des débats
Au début de l’instruction, seul Thibault était poursuivi, sans que le mobile raciste ne soit retenu. C’est l’exploitation des images qui a permis d’impliquer également son petit frère dans la préparation de l’agression. Ce dernier est désormais poursuivi pour « provocation publique à la haine ou à la violence ». On le voit effectivement mimer des coups de coude et l’arrachage du voile. Des saluts nazis exécutés durant la soirée ont fini par convaincre le parquet du caractère raciste de l’agression.
« Ces faits sont extrêmement graves. Ils nuisent à l’image du football, des fans et du club », s’étrangle Me Clément Durez, l’avocat de l’OL, qui s’est constitué partie civile. Il dénonce une « scène insupportable, des gestes abjects ». Pour lui, « le caractère volontaire du geste ne fait aucun doute ».
« Si vous doutez encore de la motivation raciste du geste, remarquez qu’il n’y a eu aucune violence avant l’arrivée des jeunes femmes, alors qu’il y a forcément eu des gens qui leur sont passés devant ou leur ont marché sur les pieds pendant les premières 45 minutes », renchérit le procureur. Il requiert dix mois de prison avec sursis contre Thibault, ainsi qu’une interdiction judiciaire de stade avec obligation de pointage au commissariat à chaque match. « La seule mesure efficace », avait estimé avant lui l’avocat de l’OL.
Ce n’est pas l’avis des avocats de la défense, qui réfutent le caractère raciste. Pour Me Olivier Costa, avocat de Thibault, il s’agit simplement d’un comportement « stupide » de la part de son client, précisant qu’« on n’est pas là pour juger la stupidité des supporters de foot, sinon il faudrait une juridiction à part entière ». La défense demande la relaxe des deux frères.
Les deux prévenus, peu bavards ont écoutés les plaidoiries la tête baissée. « Je ne souhaite à personne ce qu’on a vécu depuis ce jour-là au stade. Cela a bousillé nos vies », s’est contenté de déclarer Thibault en fin d’audience. L’agression avait en effet connu une forte médiatisation, notamment sur les réseaux sociaux où les images ont circulé. Suscitant son lot habituel de menaces proférées à l’attention des auteurs présumés. Plusieurs plaintes ont été déposées par la famille.
Au total, les parties civiles — les deux victimes, l’OL et trois associations antiracistes — demandent 25 000 euros de dommages et intérêts aux deux prévenus. « Il faut qu’ils se mettent symboliquement à genoux devant les victimes », estime le procureur. La décision du tribunal est attendue pour le 17 mars.







