Sur l’estrade, Achille et Luna, co-responsable des jeunes Insoumis à Lyon, s’emploient à chauffer la salle. « M Aulas, votre monde, on n’en veut pas », lancent-ils, provoquant les premières huées destinées au candidat de droite, favori actuel des sondages.
La jeunesse, fil conducteur du meeting, s’invite dès les premières minutes : « Trois étudiants sur quatre n’ont que 100 euros pour vivre », rappellent les animateurs. Derrière eux, une grande bâche affiche le slogan « Faire mieux pour Lyon », déclinaison locale du « Faites mieux » lancé par Jean-Luc Mélenchon au soir de la présidentielle. En dessous, « avec ABC », devient le sigle de campagne d’Anaïs Belouassa Cherifi.
Logement, services publics et internationalisme
Associations et militants se succèdent pour aborder les thèmes de campagne : logement, en raison de l’explosion des loyers à Lyon pour des lieux parfois insalubres, solidarité avec la Palestine, et défense des services publics, citant notamment la fermeture du centre de soins Bonnefoi qui a laissé des centaines de Lyonnais sur le carreau.
« Nous n’avons plus le temps d’attendre pour une bifurcation écologique, pour un véritable internationalisme, pour sortir les gens de la rue », lance la députée Clémence Guetté, qui prend le relai sur scène. Avant de galvaniser la salle en rappelant les récentes victoires de la gauche à l’international : l’élection de Catherine Connolly à la présidence de l’Irlande et, surtout, celle de Zohran Mamdani, nouveau maire de New York, et longuement applaudi à Lyon.
Chiffon rouge socialiste
La vice-présidente de l’Assemblée nationale n’a pas épargné le Parti socialiste. « Un macroniste vaut-il un socialiste ? » fait-elle mine de s’interroger avant d’accuser le parti à la rose de « magouilles écœurantes » au parlement. Et encore de dénoncer « celles et ceux qui renoncent et qui trahissent », c’est-à-dire les socialistes, véritable chiffon rouge actuellement pour le parti de Jean-Luc Mélenchon.
La balle est prise au bond par Anaïs Belouassa Cherifi, encore piquée d’avoir été qualifiée de « Miss France » par le PS local quand elle demande la réquisition des 5600 logements vacants à Lyon. « C’est méprisant, c’est sexiste », cingle la candidate qui rappelle que la mesure figurait au programme du NFP en 2024. « Notre main ne tremblera pas » pour mettre « fin à la loi du plus fort et la spéculation immobilière », promet la députée qui prévoit de loger les « 270 enfants [qui] dorment à la rue », dans les logements réquisitionnés, mais aussi des étudiants et des personnes âgées.
Anaïs Belouassa Cherifi qui souhaite opposer « la chaleur des solidarités » à la « hauteur des tours », n’oublie pas pour autant que son principal opposant s’appelle Jean-Michel Aulas. « Lyon mérite mieux qu’un entrepreneur millionnaire, guignol de la droite et de la macronie agonisante », raille la candidate.
Avant d’égrener ses autres propositions pour « améliorer la vie des gens » : restaurant municipal proposant des plats bio et locaux à 5 € (3,50 € pour les étudiants), gratuité des fournitures scolaires et celle, progressive, des cantines dans les écoles. Mais aussi la création de centres de santé municipaux permettant de se soigner sans dépassement honoraire, dans une ville où un habitant sur cinq n’a pas de médecin traitant, selon ses chiffres.
Solidarités et démocratie locale
« Lyon n’a jamais été et ne sera jamais une ville du repli sur soi », clame la candidate qui souhaite créer des lieux où « on s’organise, se rassemble, discute ». Pour venir en aide aux victimes de violences, elle propose la mise en place d’une permanence juridique et promet que la Ville se portera partie civile en cas d’agression. « À Lyon, personne ne doit être seul face à la haine et la violence », réclame la candidate.
Sur le volet démocratique, cher aux Insoumis, Anaïs Belouassa Cherifi plaide pour un référendum d’initiative citoyenne municipal dès 20 000 signatures, la participation des jeunes dès 16 ans aux instances consultatives, et la révocation possible des élus. « Un autre monde est possible », avait lancé Clémence Guetté, en attendant le « raz-de-marée », promis par les jeunes Insoumis.
Quid des négociations entre les deux tours où les Insoumis n’auront sans doute pas d’autre choix que de se rabibocher avec les écologistes et socialistes ? « Ils seront bien obligés de discuter avec nous, puisqu’ils seront derrière », sourit un responsable insoumis.







