Dans son premier livre Ralentir ou périr, Timothée Parrique déconstruit le mythe d’une croissance économique infinie dans un monde où les ressources sont limitées. En réponse à la crise climatique et à la surexploitation de la Planète, il défend la décroissance. Pas un retour à la bougie ni un mode de vie Amish, mais une société où la sobriété remplace le consumérisme, et où l’économie circulaire prend le pas sur le gaspillage.
À deux mois des municipales, quelles pistes pour bâtir une collectivité où il fait bon vivre tout en respectant l’environnement ? Selon l’économiste, il faut d’abord sortir les services publics du secteur marchand. La Métropole de Lyon l’a déjà fait avec la gestion de l’eau. Après avoir été confiée pendant des années à des entreprises privées, la distribution d’eau potable est revenue sous la responsabilité de la collectivité depuis le 1er janvier 2023. Ce transfert s’est accompagné d’une nouvelle tarification, rendant gratuits les premiers 12 mètres cubes consommés. Timothée Parrique propose d’étendre cette « démarchandisation » à d’autres secteurs essentiels, comme les transports, la santé et le social. Selon lui, « les crèches et les EHPAD ne sont pas mieux gérés par des entreprises privées ».
Quid de à la gratuité des transports en commun, sur laquelle s’écharpent les candidats lyonnais ? Jean-Michel Aulas la propose pour les Lyonnais gagnant moins de 2 500 euros, Véronique Sarselli s’y oppose, Anaïs Belouassa Cherifi réclame une gratuité totale, et Bruno Bernard veut la limiter aux moins de 18 ans, en raison du coût de la mesure. « Un faux obstacle » pour l’économiste, la question du financement devient simplement une question de solidarité collective.
Pour lui, la dette financière ne doit pas primer sur la dette écologique. « Moins de voitures, c’est moins de maladies », rappelle-t-il. Et donc moins de dépenses de santé. En France, chaque année, entre 40 000 et 100 000 personnes meurent de la pollution atmosphérique. « L’écologie est aujourd’hui la variable d’ajustement de l’économie », s’insurge l’universitaire, « alors qu’il faudrait faire l’inverse ». Il plaide pour un « pacte vert » pour financer les secteurs non lucratifs comme les transports, l’éducation ou la santé.
Une autre piste concrète, réalisable au niveau local, est celle de la sécurité sociale de l’alimentation. Un diagnostic commandé par la Métropole de Lyon en 2019 avait révélé des chiffres alarmants : un tiers des habitants déclaraient ne pas avoir les moyens de s’alimenter correctement, notamment en produits frais. Sur le modèle de la sécurité sociale de la santé, chacun pourrait cotiser selon ses moyens et recevoir selon ses besoins. Un projet pilote a été lancé à Lyon, mais risque de s’arrêter faute de financements.
« Il y a encore plein de super choses à inventer », s’enthousiasme Timothée Parrique. Tandis que le capitalisme serait incapable de se réinventer autrement que par la boulimie.







