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Liberté de la presse

Lyon People : jusqu’où peut aller le dénigrement ?

Quelles sont les limites de la liberté de la presse ? Couvre-t-elle le dénigrement systématique, les articles exclusivement à charge, la raillerie, le mépris ? Ce débat aurait pu se tenir à la 6ᵉ chambre de la presse du tribunal correctionnel de Lyon. Il a été manqué.

Depuis six ans, un magazine pompeusement intitulé Lyon People - où restaurateurs et concessionnaires automobiles tiennent lieu de « people » - s’acharne sur les exécutifs écologistes de la Ville et de la Métropole de Lyon. Six ans de critiques sans nuance, sans objectivité, sans réel souci d’exactitude. Six ans de railleries et de mépris, affublant Grégory Doucet et Bruno Bernard de quolibets, quand ce n’est pas d’un bonnet d’âne. Six ans d’articles exclusivement à charge, qui feraient presque passer CNews pour un modèle d’objectivité et de retenue.
Mais voilà, tout cela est légal.

La liberté de la presse, consacrée par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, n’est certes pas absolue. Mais ses limites sont strictement définies par la loi : sont interdits les propos racistes, la diffusion de contenus pornographiques accessibles aux mineurs, l’atteinte à la vie privée et au droit à l’image, l’injure ou encore la diffamation.

C’est précisément sur ce dernier terrain que Bruno Bernard et Grégory Doucet ont choisi d’attaquer Lyon People. En cause : un article intitulé « Accident mortel à Lyon. Doucet et Bernard ont deux nouveaux morts sur la conscience ». Son auteur, Marc Engelhard - alias Marco Polisson - n’avait pas fait dans la dentelle, imputant aux deux élus la responsabilité de la mort de deux jeunes hommes, fauchés par une Tesla dont le conducteur avait fait un malaise.

Une affaire tragique, mais juridiquement limpide. Ce qui n’a pas empêché l’auteur d’attribuer une part de la responsabilité aux écologistes, au motif de travaux en cours avenue Félix-Faure (Lyon 3ᵉ), où s’est produit l’accident.

Et comme un excès peut en cacher un autre, le même article attribuait également aux deux élus la responsabilité de la mort d’Iris et Warren, deux adolescents fauchés en 2022 par une ambulance alors qu’ils circulaient à trottinette sur une voie de bus, quai Joffre (Lyon 2ᵉ). L’expertise judiciaire avait pourtant mis en cause la vitesse excessive du véhicule, tout comme le comportement des victimes, décrit comme « slalomant entre le trottoir, la voie de bus et la chaussée ». Et tant pis s’il n’y avait pas l’ombre d’un chantier installé par les écologistes. Chez Lyon People on ne s’embarrasse pas avec ce genre de détail.

Qu’est-ce que la diffamation ?

La diffamation désigne l’allégation ou l’imputation d’un fait précis portant atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne. Deux moyens permettent d’échapper à une condamnation : la preuve de la vérité des faits ou la bonne foi.

La bonne foi repose sur quatre critères cumulatifs :
 La prudence et la mesure dans l’expression : difficilement défendable au vu du ton outrancier de l’article ;
 L’absence d’animosité personnelle : là encore, l’acharnement éditorial du média fragilise l’argument ;
 Le sérieux de l’enquête : pour des accusations aussi graves, elle apparaît pour le moins légère ;
 Le but légitime : seul critère qui peut être retenu. Informer sur la multiplication des chantiers et les risques d’accident qui peuvent en découler relève évidemment du rôle de la presse.

Restait donc l’autre ligne de défense : la preuve de la vérité. C’est sur ce terrain que s’est concentré l’essentiel des débats, à coups de captures Google Maps, de mesures de largeur de voirie, de normes routières, de doubles sens cyclables et de statistiques d’accidentalité. C’est comme ça qu’on a appris que sept personnes ont perdu la vie dans les rues lyonnaises en 2024 (un chiffre en baisse), contre treize à Toulouse et vingt à Nice.

Mais presque rien n’a été dit sur la bonne foi journalistique, sur la frontière entre information dérangeante et diffamation. Le tout dans un débat confus, parfois soporifique, en toute fin d’audience, dans une salle quasi vide.

Pour conclure, Me Jean-Pierre Stouls, avocat du magazine, a plaidé le jugement de valeur, qui échapperait selon lui à la qualification de diffamation car, par nature, non vérifiable. Après tout, quand on écrit que deux élus ont quatre « morts sur la conscience », qui pourra vérifier ce qui en est dans leur for intérieur ? Sans surprise, il a demandé la relaxe de ses clients.

Me Étienne Tête, figure historique de l’écologie lyonnaise reconvertie en avocat, a pour sa part réclamé 10 000 euros de dommages et intérêts pour chacun des deux élus.

Le jugement sera rendu le 17 mars prochain, entre les deux tours de l’élection municipale.

Publié le : mercredi 21 janvier 2026, par Michael Augustin

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