Les organisateurs craignaient de ne pas remplir la salle ; elle était pleine à craquer déjà une demi-heure avant le début. Plus de 2 000 personnes s’étaient rassemblées à la Bourse du Travail pour écouter le fondateur de La France insoumise et les deux candidats lyonnais Anaïs Belouassa Cherifi (ville) et Florestan Groult (métropole).
Deux semaines après la mort de Quentin Deranque, tué lors d’une rixe entre militants d’extrême droite et antifascistes, le contexte était électrique. D’emblée, Anaïs Belouassa Cherifi donne le ton : « Jamais personne ne nous intimidera ; nous ne céderons jamais face au fascisme », vite interrompue par des « Siamo tutti antifascisti » lancés en chœur dans la salle.
Un propos repris par Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il lance, toujours riche en références historiques : « Choisissez de quel côté de la barricade vous êtes : Klaus Barbie ou Jean Moulin. » Ou encore en citant Albert Camus : « Quand une démocratie est malade, le fascisme vient toujours à son chevet, mais ce n’est jamais pour prendre de ses nouvelles. »
Le leader de La France insoumise s’en est pris aux fémonationalistes de Némésis, qu’il accuse d’avoir « monté un traquenard » en ayant « servi d’appâts » pour provoquer « une bagarre ». Des propos qui faisaient écho aux récentes révélations de L’Humanité. Le quotidien avait publié des échanges de messages montrant comment des membres de Némésis se coordonnaient avec des groupuscules d’extrême droite pour piéger des militants antifascistes. LFI a depuis demandé la dissolution du collectif.
Mais ses premières flèches, le triple candidat à la présidentielle les a décochées contre les médias. Mécontent du traitement réservé à LFI à la suite de la mort du jeune militant nationaliste, il n’a pas hésité à les qualifier de « menteurs », toujours prompts, selon lui, à colporter des rumeurs sur son mouvement, tout en restant muets sur l’affaire Epstein, dont les ramifications s’étendraient jusqu’en France.
Mélenchon a pris un plaisir non dissimulé à citer un à un tous les médias accrédités ce soir-là : onze médias locaux, des radios et chaînes de télévision nationales et même quatre journalistes venus de l’étranger - preuve, selon lui, qu’il n’a pas de problème avec la presse. Avant de promettre la « libération des médias », première mesure qu’il entend prendre s’il l’emporte en 2027. « Les monopoles de presse seront démantelés, vendus à la découpe », a-t-il annoncé, visant nommément l’empire médiatique construit, à coups de rachats, par Vincent Bolloré, milliardaire proche de l’extrême droite.
Epstine ou Epchtaïne ?
Au milieu d’un discours d’une heure quarante-cinq, une phrase, une seule, aura suffi pour enflammer le monde politique et médiatique français. Boutade ironique ou provocation calculée ? Lorsqu’il feint de s’interroger sur la prononciation du nom Epstein. Faut-il dire « Epstine », comme le font les Américains, mais qui confère aussi une consonance russe, ou « Epchtaïne », comme il est d’usage en France ? Quelle que soit la réelle intention du chef des Insoumis, le propos a mis le feu aux poudres, provoquant une avalanche de réactions outrées en France avec des répercussions jusqu’à l’étranger.
En somme, Mélenchon est resté à Lyon fidèle à lui-même : un tribun qui sait haranguer, enthousiasmer, électriser les foules. Ne regardant que rarement les quelques feuilles posées sur le pupitre, il déroule, improvise, sûr de son propos. Une culture immense, un sens aigu de l’histoire. Un avant-goût de 2027. Mais attention, il ne faut pas dire qu’il est candidat, malgré les « Mélenchon, président ! » qui ont fusé dès son arrivée sur la scène de la Bourse du Travail. Ce n’est pas lui qui décide, assure-t-il : c’est le collectif. « Je n’existe pas vraiment, je suis un programme », a-t-il tempéré.
C’est toutefois le programme lyonnais qui est presque complètement passé à la trappe. Les vingt-cinq minutes laissées à Anaïs Belouassa Cherifi n’ont pas suffi pour présenter les 200 mesures qu’elle a élaborées pour la capitale des Gaules. Elle a eu à peine le temps de décocher quelques punchlines contre Jean-Michel Aulas, « candidat de la macronie agonisante et des intérêts privés », ou contre Grégory Doucet, qui « consulte mais n’écoute pas ». Avant que Jean-Luc Mélenchon ne mette en garde le maire de Lyon à propos des négociations entre les deux tours : « Cher Grégory, te voilà prévenu, les conditions, c’est nous qui les posons. »







