Jean-Michel Aulas n’était pas encore officiellement candidat à la mairie qu’il se rappelait déjà régulièrement au souvenir des Lyonnais en postant des messages vindicatifs sur le réseau X (ex-Twitter). Son sujet de prédilection : la circulation dans la ville, perturbée par les nombreux chantiers (Voies lyonnaises, tramway, réseaux d’eau et de chauffage). « Ces embouteillages sans fin depuis plus 2 ans (sic) démontrent les dangers d’un dogmatisme inutile, mal préparé, mal géré ! », s’égosille-t-il le 22 janvier 2025. Une semaine plus tard, il prend une photo au volant de sa voiture et écrit : « C’est de pire en pire : 50’pour parcourir les 400 mètres du quai Jean Moulin : que de temps perdu. » Sa passion pour les bouchons ne date pas d’hier. Déjà en 2016, il les dénonçait en taguant dans ses publications la Ville de Lyon… alors dirigée par Gérard Collomb.
Pollution : la baisse en hausse
En juin 2025, il récidive. Sur son compte X, Jean-Michel Aulas affirme que la politique écologique aurait renforcé la pollution à Lyon, en réaction à un message de Bruno Bernard qui soutient le contraire. « On nous dit que la pollution recule. Mais plus de 80% des stations de mesure lyonnaises (très exactement 18 stations sur 22) dépassent encore les seuils de l’OMS [Organisation mondiale de la santé, ndlr] pour les particules fines », pointe l’homme d’affaires.
Et tant pis si les statistiques d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, qui fait autorité dans le domaine, disent exactement le contraire. En réalité, les concentrations de polluants en moyenne annuelle ont baissé dans la Métropole, de 23% pour le dioxyde d’azote (NO₂) et de 11% pour les particules fines (PM2,5), alors que des hausses ont été observées dans d’autres grandes agglomérations. Bien que ces niveaux dépassent effectivement encore les recommandations de l’OMS.
Par ailleurs, Métropole et Ville de Lyon ont reçu en novembre dernier le niveau Gold de l’European Energy Award (EEA), soit la plus haute distinction européenne, pour leurs engagements dans la transition énergétique et climatique.
Sécurité : les chiffres en danger
Quelques jours plus tard, l’homme d’affaires prend les mêmes libertés avec les chiffres de la sécurité. « J’apprends qu’à Lyon et dans ses agglomérations, les chiffres sont accablants : +45% de violences aux personnes depuis 2020, +62% de coups et blessures, +82% de vols avec violences », peut-on lire sur son réseau social préféré.
Reste à savoir où il a appris cela, puisque l’Atlas de la délinquance qu’il cite fournit des données à l’échelle régionale et départementale, mais pas communale, comme le fait remarquer le site Lyon Pipeau. Les statistiques du ministère de l’Intérieur indiquent, elles, une baisse (-7%) des vols violents et une légère hausse (+10%) des coups et blessures.
Végétalisation : l’arbre qui cache la forêt
En pleine canicule l’été dernier, Jean-Michel Aulas accuse la majorité écologiste d’aggraver la situation avec sa politique. « Plutôt que de végétaliser, elle bétonne. […] Résultat : plus de chaleur, plus de pollution, moins de solutions », enrage le candidat.
Des propos cocasses de la part de l’ancien patron de l’OL, qui avait fait bétonner 50 hectares de terres agricoles pour construire son stade et les hôtels attenants. Et d’autant plus surprenants que la végétalisation a été l’une des priorités des exécutifs écologistes à la Ville et à la Métropole. Ils ont planté 250 000 arbres et arbustes en six ans, soit dix fois plus que pendant les six années précédentes.
Les bons comptes…
Toujours en délicatesse avec les chiffres, Jean-Michel Aulas s’en est aussi pris à la gestion financière des écologistes, dénonçant des « dettes qui explosent » sur son compte X. Loin d’une quelconque gabegie, la Ville comme la Métropole ont, en réalité, été gérées avec beaucoup de sérieux.
La dette métropolitaine est effectivement passée de 1 780 millions d’euros en 2019 à 2 085 millions en 2020 sous l’effet du Covid. Depuis, elle est retombée à 1 858 millions. Quant à la Ville de Lyon, l’encours a même baissé de 20%, passant de 403 millions d’euros en 2020 à 320 millions en 2024. Cette gestion vaut à Grégory Doucet les félicitations du très libéral Institut Montaigne et le maintien de la note AA par DBRS Morningstar.
L’entourage de Jean-Michel Aulas a alors précisé que le candidat se référait à celle de Sytral Mobilités. La dette de l’autorité de transport est effectivement passée de 644 millions d’euros en 2019 à 1538 millions en 2025. La raison : des investissements (trois lignes de tram, une ligne de bus rapide), qui ont été multipliés par 2,4 en six ans.
TCL : combien ça coûte ?
Les chiffres des transport en commun lyonnais sont un vrai casse-tête pour Jean-Michel Aulas. En juin 2025, il relate sur son compte X les doléances d’un retraité qu’il affirme avoir rencontré. Après avoir fait le décompte de toutes les charges de ce monsieur, il conclut : « 50 € de TCL, c’est trop ». Sauf qu’« aucun abonnement TCL n’est à 50 euros », rappelle Lyon Mag, à une époque où le média ne roulait pas encore ouvertement pour le candidat de droite. L’abonnement TCL pour les seniors est de 37 euros, voire 10,50 euros en fonction des ressources.
L’aspirant à la mairie ne semble pas avoir appris la leçon. Invité en février dernier à la Matinale de France Inter, il a de nouveau buté sur le prix de l’abonnement TCL. « De l’ordre de 50 euros », a bredouillé le candidat à la Ville de Lyon, visiblement plus à l’aise au volant de sa voiture que dans un métro.
Ce n’est pas non plus son colistier Pierre Oliver qui lui aurait été d’une très grande aide. Dans un message rageur, le maire du 2e arrondissement a dénoncé le coût du ticket unitaire qu’il a estimé à 4 euros, avant de supprimer son post et de reconnaître « une erreur » sous les railleries de la gauche.
Modes doux : la caméra de surveillance d’Oliver
Ce ne sera pas la seule désinformation de la part de l’élu de la Presqu’île. Adepte de petites vidéos accusatrices, il s’est vautré plus d’une fois. En juillet 2025, il filme un camion de pompiers en train de manœuvrer dans la partie fraîchement piétonnisée de la rue de la République. « Les pompiers en difficulté », sous-titre-t-il sa vidéo publiée sur Instagram. Il n’en est rien : il s’agit d’un banal exercice de sécurité civile. Pas d’excuses cette fois-ci : la vidéo est toujours en ligne.
Il n’a pas eu plus de succès avec un scoop qu’il pensait avoir flairé en novembre, lorsqu’il s’est interrogé sur le sort réservé à 800 vélos électriques prétendument achetés par la ville. Aucun mystère pourtant : la mairie de Lyon n’est propriétaire que de 150 bicyclettes, toutes dûment répertoriées et attribuées. Si le maire du 2e arrondissement a reconnu « ne pas avoir le détail précis » de ses accusations, préférant « parler au conditionnel », la vidéo n’a pas été supprimée.
Toujours au sujet de la politique vélo, il s’était livré le mois précédent à un abracadabrantesque calcul du taux de remplissage des box à vélos. Récemment installés aux quatre coins de la ville, ces cages grillagées sont en réalité déjà occupées à 65% dans les zones centrales et près de 50% sur l’ensemble de la ville. « Prof de maths, humoriste, philosophe : vous avez tellement de talent », s’était gaussé un internaute.
Boulangerie à Bron : notre peine quotidienne
Le pompon de la désinformation revient à l’histoire ubuesque d’une boulangerie prétendument menacée par le Sytral, l’autorité gestionnaire des transports en commun.
Le maire de Bron, Jérémy Bréaud, flairant la bonne affaire électorale, se lance bille en tête dans une croisade numérique avec un message particulièrement virulent : « Honte à @brunobernard_fr et ses amis écolos-LFI prêts à tout à #Bron pour une piste cyclable, même à détruire une boulangerie, à mettre sur le carreau une dizaine d’emplois et à voir mourir une vie de quartier. »
Ni une ni deux, l’intox est reprise par une grande partie de la droite locale. « À Bron, cette boulangerie est aujourd’hui menacée par les travaux de l’autoroute à vélos n°11 », renchérit aussitôt Véronique Sarselli, qui occupe la tête de liste de la droite aux métropolitaines, en tout cas officiellement.
La réalité est tout autre : la piste cyclable existe déjà, mais la voie de bus doit être élargie pour faire passer le nouveau trambus TB12. Quant à la boulangerie, c’est une extension illégalement construite qui est effectivement menacée. Le Sytral propose toutefois de la reconstruire à ses frais, tout comme le parking, qui ne devrait perdre aucune place. Le tout a été expliqué, cartes à l’appui, dans une longue vidéo réalisée par Altis Play.
La mécanique est bien rodée : les fake news du clan Aulas sont reprises en boucle sur les réseaux sociaux puis occupent les médias locaux et finalement s’imposent dans le débat public local et y instillent une dose de doute. « Une fois qu’une fake news est partie, le mal est fait », grince le camp en face, cité par Médiacités. « On en est arrivé au point où ils sont devenus incapables de faire la distinction entre un mensonge et un désaccord », se désole Bruno Bernard dans un message. « Si les écologistes étaient dans l’opposition, ils agiraient de la même manière », se justifie Pierre Oliver. « Mais c’est un rôle ingrat de faire cela, j’ai hâte d’arrêter ! »







