Au premier niveau, l’exposition Encore lui ! met en lumière une figure singulière de la scène locale : Jean-Claude Guillaumon. Dessinateur industriel de métier, artiste autodidacte, il a été adepte du happening et des formes d’art éphémères. Fondateur en 1985 de la Maison des expositions de Genas et l’année suivante du Centre d’arts plastiques de Saint-Fons, il a profondément marqué la vie artistique lyonnaise dès les années 1960.
L’art, c’est la vie
« Un personnage extrêmement atypique », souligne le commissaire de l’exposition Matthieu Lelièvre, qui « a donné les outils à des générations d’artistes ». Après son décès en 2022, sa veuve a fait don d’une grande partie de ses archives au macLyon. Cette rétrospective (photo) - la première qui lui soit consacrée - offre un parcours chronologique de ses 60 ans de création. Elle témoigne d’une œuvre libre et facétieuse, nourrie d’ironie et d’un goût constant pour l’expérimentation. « Dès qu’on tire un fil, on déroule une histoire », s’enthousiasme Matthieu Lelièvre.
Jean-Claude Guillaumon découvre les pratiques performatives lors de la Biennale de Venise en 1964, avant de se rapprocher de l’esprit Fluxus et de collaborer avec des artistes tels que Ben, George Brecht ou encore Daniel Buren. À Lyon, il participe à l’émergence d’une scène alternative, multipliant happenings, actions et dispositifs expérimentaux. L’exposition restitue cette pratique protéiforme, surtout à travers des photographies, mais aussi quelques dessins, vidéos, masques et installations. Elle témoigne d’une conception de l’art comme expérience vécue… fidèle à la maxime qu’artiste partageait volontiers : « l’art, c’est la vie ».
Ode à la lenteur
Changement de format au deuxième étage du musée avec Regards sensibles qui réunit 28 vidéos issues de la collection privée, constituée pendant plus de trente ans par Isabelle et Jean-Conrad Lemaître et aujourd’hui donnée au musée. Lorsque les deux passionnés d’art ont débuté leur collection en 1996, « personne n’achetait des vidéos », se souvient Isabelle Lemaitre. « Nous avons suivi nos artistes photographes lorsqu’ils passaient de l’image fixe à l’image en mouvement », complète son mari. Cette donation, bâtie sur des « coups de cœur », plutôt que des thématiques précises, retrace ainsi l’évolution du médium entre 1985 et 2025. Elle comprend au total 170 films et fait désormais du macLYON l’un des pôles majeurs de l’art vidéo en France.
Conçue par la commissaire indépendante Tasja Langenbach, l’exposition se fait en grande partie ode à la lenteur. À rebours de la consommation rapide des images numériques, le parcours invite à prendre le temps du regard et de l’émotion. Majoritairement contemplatif, il guide le visiteur entre récits personnels, paysages filmés et performances enregistrées, révélant toute la diversité d’un médium devenu central dans l’art contemporain.
Les œuvres d’artistes internationaux - de Clément Cogitore à Gillian Wearing, en passant par Ulla von Brandenburg - explorent différentes façons de susciter l’empathie chez le spectateur. Mais également le trouble, dans un espace consacré aux « douleurs et souffrances », explique la commissaire. Les œuvres exposées explorent ici des traumatismes collectifs comme la violence coloniale, l’exil, la migration. A l’image de Barbed Hula, où l’artiste israélienne Sigalit Landau fait tourner autour de sa taille un cerceau fait de fils barbelés, chaque marque imprimée dans sa chair évoquant les souffrances provoquées par les frontières.
Peinture froide
Au troisième étage, la peintre italienne Giulia Andreani déploie avec Peinture froide une vaste exposition monographique consacrée à près de 15 ans de création. L’artiste, installée à Paris et nommée pour le prix Marcel Duchamp en 2022, s’est imposée ces dernières années par une peinture figurative aux tons volontairement froids. « Je travaille beaucoup à partir d’archives photo », explique l’artiste, « des photos historiques ou des clichés d’anonymes. »
Réunissant plus d’une soixantaine d’œuvres - des peintures et aquarelles réalisées entre 2011 et 2025 - le parcours explore la représentation des pouvoirs au XXᵉ siècle, des conflits politiques aux récits oubliés de l’histoire sociale. L’exposition s’organise autour de trois chapitres : la « grande histoire » faite de rapports de domination, la « petite histoire » composée des figures marginales ou invisibilisées, puis la mémoire collective telle qu’elle se reflète dans l’histoire de l’art.
Formée aux Beaux-arts de Venise, mais également à la Sorbonne, Giulia Andreani se dit influencée par l’Ecole de Leipzig et sa tradition figurative, mais également par Bertolt Brecht et la distanciation entre l’acteur et son personnage, caractéristique du théâtre de l’auteur allemand. Des œuvres qui dérangent, comme la série Forever Young, composée de portraits des pires dictateurs du XXe siècle sous leurs traits d’adolescents.
Un café et un jeu vidéo, s’il vous plaît
Enfin, dans un registre plus expérimental, le macBAR accueille l’exposition Bar CodeX, une proposition du duo Wen New Atelier, formé par Kalen Iwamoto et Julien Silvano. Héritiers de l’écriture automatique surréaliste et de l’esprit Fluxus, les artistes conçoivent des œuvres participatives où les visiteurs deviennent co-auteurs.
Installations interactives, dispositifs textuels et pièces hybrides, comme Pong Poem ou Miniscriber, invitent à manipuler les mots et à détourner les mécanismes de production du sens. L’exposition transforme l’espace du bar en laboratoire artistique et social, où se croisent conversation, jeu et création.
Comme toujours, les expositions s’accompagnent d’un riche programme évènementiel. Une trentaine de vidéos supplémentaires de la collection Lemaître seront projetées du 6 mars au 12 juillet, 2 journées d’études sur l’œuvre de Jean-Claude Guillaumon auront lieu les 28 et 29 avril et une rencontre avec Giulia Andreani est prévue dont la date reste à préciser.







