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Qui est XH4 ?

Un journaliste syndiqué arrêté la veille d’une manifestation

Il est 20h17 lorsque Sébastien L. rentre chez lui. Dans le hall de son immeuble, cinq policiers cagoulés se jettent sur lui et lui passent les menottes. Pendant près de vingt minutes, il reste ainsi immobilisé dans la cage d’escalier, sous les regards interloqués des voisins. Six mois plus tard, il ne reste presque rien du dossier d’accusation. À la barre du tribunal correctionnel de Lyon, ses avocats dénoncent une atteinte à la liberté syndicale et à celle de la presse.

Nous sommes le 9 septembre 2025, veille d’une journée nationale d’actions baptisée « Bloquons tout », lancée contre la politique d’austérité du président Emmanuel Macron. Les autorités redoutent un remake du mouvement des Gilets jaunes. Le ministre de l’Intérieur annonce le déploiement de 80 000 policiers et gendarmes et promet le « déblocage dans les délais les plus brefs » de toute entrave. « S’il y en a un qui bouge une oreille, on l’élimine », traduit Me Olivier Forray - l’un des avocats du prévenu - la consigne ministérielle.

Musicien, militant à la CGT Spectacle, Sébastien est également journaliste à Radio Canut où il anime une émission hebdomadaire consacrée aux luttes sociales et politiques. Son profil intrigue. Toute la procédure « vise à réprimer un militant de la CGT à la veille d’un mouvement national », dénonce l’avocat.

Depuis le matin, le trentenaire est suivi par un agent des Renseignements territoriaux. Lidl, laverie, rencontre avec des potes : « une journée passionnante », ironise Me Agnès Bouquin, l’autre avocate de la défense. En fin d’après-midi notre fin limier pense tenir quelque chose : le syndicaliste aurait dissimulé une bouteille dans un buisson, place des Archives (Lyon 2e), où il a participé à un rassemblement préparatoire.

C’est sur la foi de cette note que l’interpellation est décidée, suivie d’une perquisition. « Les policiers retournent mon appartement, prennent en photo mes lectures, des affiches, feuillètent mes carnets de note », se souvient le jeune homme. Un ordinateur portable, un disque dur et une carte SD sont saisis. Le militant syndicaliste est emmené au commissariat Bataille (Lyon 8).

Assez vite, la procédure pour « association de malfaiteur en vue de commettre un délit » se dégonfle. La bouteille est certes retrouvée, mais sur les quais du Rhône, à quelques centaines de mètres de la place des Archives. Elle contient de l’éthanol et du gel hydroalcoolique. « Un liquide inflammable », observe la présidente du tribunal. Mais les images de vidéosurveillance et l’analyse de ses gants écartent toute implication de Sébastien. Le procès-verbal mentionne un mystérieux « XH4 » comme dépositaire de la bouteille. Qui se cache derrière ce sigle ? On ne le saura jamais. « Les policiers n’ont même pas fait semblant de chercher qui est XH4 », s’indigne Me Bouqin qui dénonce une instruction « fumeuse ».

Pour autant, l’interrogatoire du jeune syndicaliste se poursuit. Des « auditions orientées politique », se souvient Sébastien. Qu’est-ce qu’il pense de l’anarchisme, du syndicalisme ? Ce n’est qu’au bout de 45 heures de garde à vue qu’il est finalement remis en liberté. Au lendemain de la journée « Bloquons tout ». « On a volontairement entravé la possibilité d’un syndicaliste de participer à un mouvement national », s’étrangle son avocat. Sébastien se voit imposer une obligation de pointer au commissariat pendant 6 semaines et une interdiction de manifester toujours en vigueur.

Car le parquet garde une dent contre Sébastien pour avoir refusé de communiquer le mot de passe de son ordinateur. « Refus de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d’un moyen de cryptologie », s’appelle cela, un peu pompeusement, en langage judiciaire. Le délit a été créé en 2001 au lendemain des attentats du 11 septembre. Il a été pensé pour le terrorisme et le crime organisé, pas pour un militant syndical, dénonce Me Forray, qui pointe une « procédure instrumentalisée à des fins politiques ».

Pire, la carte SD saisie par les policiers dans l’appartement du journaliste a été détruite sur instruction du parquet. Or, elle contenait des rushs d’interviews avec des grévistes dans le secteur du jeu vidéo, perdus à jamais. Le site Mapping Media Freedom, qui recense des atteintes au droit de la presse, s’en fait écho. Des « atteintes évidentes aux sources journalistiques », dénoncera le syndicat des journalistes dans un communiqué.

Devant la vacuité du dossier, le procureur a requis une peine symbolique : 500 euros d’amende avec sursis « et c’est tout ». La défense a plaidé la relaxe pure et simple. Le jugement sera rendu le 24 mars.

Photo : © Michael Augustin

Publié le : samedi 28 février 2026, par Michael Augustin

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