Conférence par ci, schéma par là

Le Grand Lyon, fait-il assez pour le climat ?

« Dans vingt ou trente ans, on pourra traverser la Saône à pied, l’été. » Ce constat est signé Bruno Charles, vice-président en charge du développement durable de la Métropole de Lyon. Une annonce qui prend d’autant plus d’importance que son auteur, élu discret, est peu coutumier de phrases choc. Face à ce constat inquiétant, le Grand Lyon a-t-il pris la mesure du problème ?

« Les cours d’eau sont alimentés par les glaciers », explique le vice-président. Or, en raison du réchauffement climatique, ces derniers se réduisent comme une peau de chagrin. Nombre de rivières risquent ainsi tôt ou tard de se trouver à sec durant la saison estivale. « D’ici la fin du siècle, Lyon connaitra, au mieux, le climat actuel de Madrid, au pire, celui du sud algérien », précise-t-il. Tandis que dans le monde, les deux tiers de la population mondiale seront confrontés à une pénurie d’eau dès 2025, estiment les spécialistes.
Et les ravages commencent d’ores et déjà à se faire sentir. A Lyon, le débit du Rhône est actuellement 30% inférieur à la normale et l’année 2017 n’a connu que 450 millimètres de précipitations contre 800 habituellement. Sans surprise, la nappe de l’est lyonnais présente un niveau de trois mètres inférieur à la normale et la préfecture multiplie les arrêtés vigilance sécheresse, surtout dans la partie nord et est de l’agglomération.

Prise de conscience

Le Grand Lyon s’est tôt intéressé au dérèglement climatique. Dès 2005, l’Agenda 21 donnait les premières orientations. Depuis 2010, des Conférences énergie climat se succèdent, on en est à la cinquième déjà. Puis, en 2015 le Schéma directeur des énergies est lancé. Mais derrière les grandes déclarations d’intention, les actions concrètes se font désirer.
Car les vraies priorités de la métropole sont ailleurs. Devant une centaine de partenaires (associations, entreprises, chambres consulaires…) réunis au Musée des Confluences, David Kimelfeld, le nouveau président métropolitain, avait ainsi tout le mal du monde à trouver quelques mots en faveur de la planète, insistant plutôt sur le « développement économique », son vrai dada, à l’instar de son prédécesseur Gérard Collomb. Tout comme l’actuel ministre de l’Intérieur, il préfère fustiger l’« écologie punitive », sans pour autant expliquer en quoi la sienne était miséricordieuse, ni pour qui.

Ne fâcher personne

Pourtant les chiffres semblent encourageants. Les gaz à effets de serre ont diminué de 16% depuis 2000 sur le territoire de la métropole. Sauf que cette baisse est surtout due aux efforts déployés par l’industrie et au progrès technologique des automobiles, mais très peu à la politique du Grand Lyon. Ainsi, dix ans après le lancement de Vélo’v, la part de la bicyclette dans le trafic atteint péniblement 1,3 %, contre 53,5 % pour la voiture. Et ce n’est pas parti pour changer, puisque le plan Oxygène, lancé en grande pompe en juin 2016 et censé terrasser la pollution, n’a toujours pas accouché de la moindre mesure concrète dans le domaine des transports. Tandis que Paris a d’ores et déjà fixé des échéances au diesel et à la voiture thermique, à Lyon, on en est encore à consulter pour surtout ne fâcher personne.
Autre volet qui peine à décoller : le bâtiment, responsable de 45% de la consommation énergétique du pays. Si le Grand Lyon a mobilisés 30 millions d’euros pour l’éco-rénovation entre 2015 et 2020, seuls 6 millions ont trouvé preneur pour l’instant. Quant aux nouvelles constructions, elles se contentent bien souvent de la norme BBC (bâtiment basse consommation), soit le minimum syndical.
Pas de quoi perturber les élus du Grand Lyon qui estiment que « nous sommes dans les villes qui avancent bien », selon Bruno Charles, qui s’apprête à lancer son grand Plan climat énergie territorial, un machin de plus, censé engager « tout le monde dans une démarche de sobriété énergétique ». En attendant la sixième Conférence énergie climat, prévue pour 2019.

Publié le : mercredi 29 novembre 2017, par Tony Truand