Grand banditisme

Un règlement de compte meurtrier aux assises

Une fusillade sur la route de Paris, entre Charbonnières et Lyon, une victime tuée sur le coup, l’autre paralysée à vie, des accusés fichés au grand banditisme, ce n’est pas une mince affaire qui est jugée depuis ce lundi devant la cour d’assises de Lyon. Au banc des accusés deux hommes multirécidivistes. Aux abonnés absents, le commanditaire et meurtrier présumé, mort accidentellement lors de son arrestation et l’autre tireur présumé, réfugié au Maroc. Ce ne sont donc que deux complices qui seront jugés au cours d’un procès qui est prévu pour durer toute la semaine.

Trafiquant de drogue notoire et ancien champion de lutte, Nordine Guedjali était du genre a régler ses différents de manière violente. Dans le milieu, il avait plus d’ennemis que d’amis. L’un de ses rivales était Drice Mansouri, sorte de parrain local lyonnais. Guedjali lui aurait été redevable d’une livraison de 300 à 400 kg de shit. Mansouri doit se faire respecter et laver l’affront. Selon l’accusation, il engage 3 hommes dans le but d’exécuter Guedjali.

Le premier jour de du procès fut en grande partie consacrée à l’audition de Jean-Yves Castellon, commandant de police à la brigade criminelle de Lyon, en charge de l’enquête. Il a reconstitué minutieusement le déroulement de la soirée meurtrière.

Le soir du 11 juin 2005, Nordine Guedjali, la cible, décide de faire un tour au casino le Lyon Vert à Charbonnières. Comme il n’est pas véhiculé, il appelle des copains pour le déposer. Les deux premiers déclinent, le troisième, Hamed Mahrougui accepte. Les deux hommes se connaissent du foot, ils jouent ensemble à l’AS Minguettes. Ils se rendent au casino vers 22h30. Une heure après, Drice Mansouri arrive à son tour, accompagné de son amie. Ils retrouvent sur place Abdelhamid Hasni, présenté comme l’homme de confiance de Mansouri, et Farid Toloun. Une heure et demie plus tard, Mansouri renvoie sa compagne chez elle, au prétexte qu’il y aurait trop de racaille. Les trois hommes décident alors de mettre leur plan en exécution et appellent en renfort une quatrième personne, Daniel Achour, présenté comme un homme de main de Mansouri.

Dès lors, ils se relaient pour surveiller Mahrougui et surtout Guedjali. Pour communiquer entre eux, ils s’échangent des SMS à l’aide de portables achetés 2 mois auparavant dans une boutique de la place du pont, sous une fausse identité. « Des téléphones de travail », explique le policier. Des mobiles qui ne sont utilisés que dans le cadre d’une opération précise et qui sont détruits immédiatement une fois celle-ci terminée. Pour ne pas pouvoir être mis sur écoute, ils servent uniquement à envoyer et recevoir des textos. Ainsi, aucun coup de fil n’a été passé sur ces appareils en 2 mois, alors que chaque membre du groupe a envoyé plusieurs milliers de SMS aux trois autres.

Entretemps, Hamed Mahrougui, le chauffeur, retourne à Vénissieux pour chercher de l’argent. Les quatre compères ne bronchent pas, c’est Guedjali qu’ils veulent. A 2h39 Hamed Mahrougui et Nordine Guedjali quittent le casino, montent dans une Laguna et partent en direction de Lyon. Daniel Achour qui les a suivis jusqu’à la sortie donne le top départ par SMS. 6 ou 7 minutes plus tard, à hauteur de l’autopont, la Laguna est rejointe par Mansouri et Toloun sur une grosse cylindrée, armés de revolvers de calibre 38 et d’un pistolet mitrailleur Uzi. L’Uzi ne semblant pas fonctionner, les 2 gangsters tirent à plusieurs reprises au revolver. Trois balles transpercent le corps du chauffeur, deux autres atteignent Guedjali. Hamed Mahrougui meurt sur le coup, Nordine Guedjali est touché dans le dos. Il survivra mais restera définitivement paralysé.

L’enquête avancera vite, notamment grâce au recoupement des relevés de téléphonie mobile et des images des caméras de surveillance du casino. Abdelhamid Hasni et Daniel Achour, les complices présumés sont arrêtés. Drice Mansouri, le commanditaire chute du toit d’un immeuble en s’enfuyant lors de son interpellation. Il atterrit sur une voiture et meurt sur le coup. Le franco-marocain Farid Toloun a, lui, réussi à s’enfuir au Maroc. Localisé et interrogé par les justices française et marocaine, il a pour l’instant échappé à l’extradition.

Les quatre malfaiteurs présumés étaient connus des services de police pour avoir mené grand train. Officiellement au chômage ou effectuant des petits boulots, ils roulaient en Porsche, Lamborghini ou Maserati, dépensaient des sommes folles en vêtements, équipements et voyages. Dans l’appartement où la police voulait mettre la main sur Mansouri, les forces de l’ordre ont découvert 140 000 euros en liquide.

Partie civile, Karima, la veuve d’Hamed Mahrougui se bat depuis 5 ans pour laver l’honneur de son mari, dont elle jure qu’il n’a trempé dans aucune affaire illégale, et pour faire extrader Farid Toloun.

Le procès se poursuivra mardi avec l’audition des deux prévenus et mercredi avec le visionnement des vidéos des caméras de surveillance.

Publié le : mercredi 7 avril 2021, par Michael Augustin