Exposition

Le MAC met des Chinois en gélatine

« Génération gélatine », c’est ainsi que Zhang Qing, commissaire de l’exposition Infantization au Musée d’art contemporain (MAC) de Lyon et directeur adjoint du Shanghai art museum qualifie la génération de jeunes artistes nés en Chine dans les années 70 et 80. « Leur vie ressemble à un sachet de bonbons en gélatine, glacés mais malléables, apparemment transparents mais sans centre que l’on puisse saisir. »

Le MAC de Lyon expose actuellement une vingtaine de ces artistes dans le cadre d’un échange entre la région Rhône-Alpes et la ville de Shanghai. Un rassemblement hybride de formes artistiques où se côtoient photos, animations, vidéos, peintures, graffitis et projections digitales. Le monde coloré et enthousiaste de cette jeune garde chinoise n’est pas sans rappeler les années mythiques du Pop-art, l’évolution des techniques créatives en plus. « Ils laissent leur imagination vagabonder dans un monde de glamour, de kitsch, de design, de showbiz », nous apprend Zhang Qing. Voilà pour l’apparence. Mais derrière cette belle façade bariolée jaillit le regard que ces jeunes artistes posent sur le monde qui les entoure. Un monde pas forcément joli-joli.

A la différence de leurs parents, cette génération a grandi dans une société de consommation, certes caractérisée par un système politique stable (à défaut d’être démocratique) et une croissance économique exceptionnelle, mais une société où les choses vont de plus en plus vite au point qu’on y perd ses repères. C’est ce monde superficiel et angoissant qui se reflète dans nombre d’œuvres. Ainsi, Liu Diqiu, artiste de 26 ans, s’interroge sur « les problèmes relationnels, les désirs matériels » à travers une série de tableaux montrant des filles à la plastique parfaite, mais tout à fait déshumanisées. Tandis que Hu Zi (29 ans) qui se dit « préoccupé par la condition humaine des gens qui sont marginalisés par la société », questionne dans une série de portraits la « tristesse et la solitude ».

Concernés par leur environnement, les artistes vont jusqu’à se saisir de sujets d’actualités. Le terrible tremblement de terre qui a dévaste en 2008 la région du Sichuan se pare ainsi d’une explication mythologique. Une tortue blanche géante, qui vit dans la terre, taquinée par des serpents s’est retournée, provoquant le drame. Quoi de plus logique alors qu’une armée de pandas pour panser les plaies ?

Si le constat dressé par ces artistes n’est certes pas nouveau, leur manière d’y répondre, tantôt naïve, tantôt glamour, mêlant culture publicitaire, références mythologiques et dessins manga ne manque pas de surprendre par son originalité et sa fraîcheur. Le Musée d’art contemporain de Lyon sort ici des sentiers (occidentaux) battus en présentant une exposition haute en couleur, mais aussi douce et délicieuse, tout en restant relativement digeste. Comme un haribo.

Infos  : jusqu’au 24 octobre, ouverte du mercredi au dimanche, de 12 à 19h. Tarifs : 6 € (plein) et 4 € (réduit), gratuits pour les - de 18 ans. Musée d’art contemporain, Cité Internationale, Lyon 6ème.

Toutes les photos sont sur Facebook : www.facebook.com/lyoninfo.

Artistes : Bu Hua, Chen Yun, Dai Mouyu, Hui Xin, Hu Liu, Hu Zi, Liao Man, Li Meng, Liu Danielle, Liu Diqiu, Liu Qing, Li Yang, Meng Jin, Perk (Jin Ningning, Si Wei), Sheng Scott, Tang Yan, Temporary Panda Study Group (Lin Zero, Song Phatter, Huang Hot, Giong Lim), Wen Ling, Xie Peng, Yan Wei, Yu Hua, Zeng Suchai, Zhang Ye

Publié le : lundi 4 octobre 2010, par Michael Augustin