Les incidents continuent

Quelque 200 jeunes encerclés à Bellecour

Jeudi, la sixième journée de mobilisation des jeunes à Lyon a apporté son lot d’incidents et d’affrontements. Une quinzaine de voitures ainsi que le kiosque à journaux de la place de la République ont été dégradés. La police a interpellé 36 personnes, un chiffre équivalent à celui de la veille. Dans l’après-midi, elle a encerclé un groupe de jeunes pendant plusieurs heures place Bellecour, empêchant par la même un groupe d’étudiants de participer à une manifestation pacifique organisée par des syndicats lycéens.

Dès le matin, la place Bellecour est en état de siège. Tous les accès à la place sont filtrés par quelque 560 CRS et gendarmes mobiles. Le camion du GIPN a déjà pris position à l’angle de la rue de la Barre tandis que l’hélicoptère de la gendarmerie a repris son survol de la Presqu’île. Pour la première fois, deux camions à eau anti-émeutes sont venus épauler les forces de l’ordre. Ils stationnent à l’entrée des rues Edouard Herriot et Emile-Zola.

Les jeunes convergent vers la place Bellecour. A 10h30, ils sont quelque 500 à s’être rassemblés autour de la statue équestre. Vers 11h, ils commencent à bouger. L’accès à la rue Victor Hugo étant barré par les forces de l’ordre, c’est dans la rue de la Charité qu’ils s’engouffrent, puis rue Saint Hélène. Un abri-bus en face de la grande poste vole en éclats, une voiture est retournée, une quinzaine d’autres dégradées. Puis, les jeunes s’enfuient par le Pont de l’Université vers le 7ème, les CRS sur leurs talons.

A 13h, 300 à 400 manifestants sont à nouveau réunis au centre de la place Bellecour. Quelques cailloux volent, les CRS répliquent par une vingtaine de grenades lacrymogènes. La foule se disperse, puis les CRS bouclent la place ne laissant plus personne ni entrer ni sortir.

A 14h, une manifestation pacifique doit partir de la place Antonin Poncet à l’appel des syndicats de lycéens UNL, FIDL et UNEF. Selon un communiqué de la FIDL, il s’agit de « protester contre la réforme des retraites et la surenchère sécuritaire qui a lieu aujourd’hui dans le pays et à Lyon en particulier. Le gouvernement est le premier responsable des violences, nous ne céderons pas à sa volonté de criminaliser et de faire taire le mouvement social ! » Des jeunes, encadrés par des syndicalistes de la CGT, CNT et du SNES, arrivent en masse.

Or, quelques dizaines d’étudiants, venus avec pancartes et drapeaux pour manifester, se trouvent à l’intérieur du cordon de sécurité des policiers. « Libérez nos camarades » et « Liberté de manifester », scandent leurs collègues en face. Des syndicalistes essaient de négocier. « Vous créez inutilement de la tension », leur reproche un enseignant du SNES. « Laissez-les sortir au compte-gouttes. On est là pour les encadrer. » « Vous les laissez sortir et nous on s’engage à faire partir la manifestation », tente un cégétiste. En vain. « Ce sont les plus calmes qu’ils ont encerclés », s’insurge Marion, une autre militante syndicale. « Ils cherchent une épreuve de force pour casser le mouvement, mais ça ne marchera pas, les jeunes sont de plus en plus nombreux. » « Ils font ça pour que la tension monte », soupçonne Elodie, enseignante en élémentaire à Vaulx-en-Velin, venue accompagner des lycéens de sa ville.

La place Antonin Poncet est noire de monde. Malgré le refus des policiers de laisser sortir les étudiants encerclés, une partie du cortège se met en branle, puis fait demi-tour pour aller chercher les manifestants restés sur place. Peu avant 16h, les esprits s’échauffent, des bouteilles volent. Les forces de l’ordre, qui ont visiblement reçu consigne de répondre au moindre jet de projectile par l’utilisation massive de grenades lacrymogènes, arrosent la place. La foule se replie vers le quai Gailleton, ce qui donne finalement le signal de départ de la manifestation, 2 heures après l’heure prévue. Un millier de personnes, selon le comptage de la police avance sans heurts, solidement encadrés par les syndicalistes. Arrivés place Guichard, ils se rassemblent dans l’atrium au centre de la place. Quelques prises de paroles au micro plus tard, à 17h10, la CGT appelle « à la dispersion dans le calme », et les manifestants s’en vont. La station de métro Place Guichard a toutefois brièvement fermé rideau.

C’est à coups de canon à eau que la police repousse vers 18h ceux restés à Bellecour, les uns vers la rue de la Barre, les autres vers l’entrée de St-Jean, où ils sont encerclés par les CRS. Ceux qui avaient leur carte d’identité ont pu partir, dont beaucoup épuisés par une après-midi sans manger ni boire. Les autres ont été acheminés par bus au commissariat de police. Pour le patron de la sécurité publique Albert Doutre, il s’agissait de « s’assurer que les personnes isolées place Bellecour n’étaient pas recherchées par la police » et « d’identifier d’éventuels casseurs ».

Perturbations

Comme les autres jours, la circulation des TCL a été très fortement perturbée en Presqu’île. Les stations de métro Hôtel de ville, Cordeliers, Bellecour, Ampère et Perrache ont été fermées, tandis que la station Saint-Jean n’était ouverte que dans le sens de la sortie. Le tramway T1 n’a circulé une grande partie de la journée qu’entre IUT Feyssine et Quai Claude Bernard, et entre Montrochet et Perrache, tandis que le T2 était limité entre Bel Air et Villon. En fin de journée, les stations Hôtel de ville et Saint-Jean ont rouvert et la situation est revenue à la normale pour les trams.

Par ailleurs, les trois sites de l’Université catholique Aisnay, Carnot et Bellecour étaient fermés aux étudiants ce jeudi après-midi, par mesure de sécurité. Les étudiants devraient toutefois retrouver vendredi le chemin des cours.

En tout, 265 jeunes interpellés

Depuis le début des manifestations lycéennes jeudi dernier, 265 jeunes ont été arrêtés par les forces de l’ordre, 90% de garçons et deux tiers de mineurs. 27 jeunes sont passés en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Lyon depuis lundi, dont 12 majeurs, 11 d’entre eux avaient un casier judiciaire vierge. Quatre mineurs ont été incarcérés, ce jeudi à l’issue de leur jugement. Le préfet a révélé jeudi soir, lors d’un point presse, que les jeunes venaient « d’une quinzaine de lycées de l’agglomération avec des groupes de trois à dix casseurs par établissement ». Les lycées en question se situeraient dans les 7ème, 8ème et 9ème arrondissements de Lyon, à Décines, Bron, Vénissieux et Vaulx-en-Velin.

Toutes les photos de la journée sont sur www.facebook.com/lyoninfo.

Publié le : vendredi 22 octobre 2010, par Michael Augustin