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Renouveau urbain à Vénissieux

Minguettes : réveil de la cité-dortoir ?

Cette année, Vénissieux célèbre le 30ème anniversaire des émeutes qui ont eu lieu sur le plateau des Minguettes l’été 1981. A cette occasion, la Mairie de Vénissieux a organisé le vendredi 8 juillet une conférence pour revenir sur l’évolution du quartier depuis cette période trouble. Les Minguettes, une ZUS (Zone Urbaine Sensible), occupent une place singulière dans l’imaginaire collectif : celle de la périphérie lyonnaise délétère, vétuste, pauvre. Mairie et Grand Lyon ne comptent pourtant pas leurs efforts pour casser cette image. S’il y a des progrès, tous les indicateurs ne sont toujours pas au vert.

Les chiffres parlent d’eux-même : Quand Vénissieux affiche 30,7% de taux de chômage pour les non-diplômés en 1999, ce chiffre atteint 39,8% aux Minguettes. Et les habitants du Plateau représentent plus d’un tiers des Vénissians. Ainsi, la Ville s’est engagée depuis 1994 à rénover ce plateau laissé à l’abandon. Petit retour sur l’histoire d’un quartier qui connaît un nouveau dynamisme.

Les Minguettes sont construites entre 1966 et 1973, sur un espace de 200 hectares au Sud-Ouest de la commune de Vénissieux. Dans les années 60, en pleine période des Trente Glorieuses, l’heure est à la construction de grands ensembles urbains pour répondre au manque de logements en conséquence du baby-boom et de l’arrivée massive de Pieds-noirs. Vénissieux est une cible prioritaire de cette politique de logements : entre 1950 et 1975, la population est passée de 20 000 à 75 000 habitants. 60% des logements affichent des loyers modérés. A l’époque, ces barres et tours suscitent l’émerveillement : des familles modestes ont désormais accès à des toilettes, des douches et découvrent la modernité.

De l’ensemble urbain moderne à la cité-dortoir

Le choc pétrolier de 1973 met brutalement fin à l’euphorie : la hausse du chômage, les fermetures d’usines et la fracture territoriale frappent de plein fouet les périphéries des villes, les Minguettes y compris. L’image du quartier se dégrade. Les classes moyennes fuient et les classes pauvres et immigrés s’y installent. Entre 1975 et 1982, le plateau perd 30% de sa population. Les Minguettes deviennent le symbole de ces banlieues délaissées, des ghettos dortoirs ignorés par les politiques.

Un coup de tonnerre retentit en 1981, lorsque la jeunesse du quartier se soulève. Un cri d’alarme pour dénoncer la ghettoïsation, le sentiment d’exclusion et signaler l’urgence de mettre en place des politiques publiques : « L’été 81 a été à la fois un révélateur, brutal mais quelque part salutaire, et un laboratoire pour la Politique de la ville », analyse Michèle Picard, maire de Vénissieux. Les nuits sont rythmées par des violences continues, des dégradations, comme les désormais fameuses voitures brûlées et des altercations avec les forces de l’ordre.

Les Minguettes sont secouées à plusieurs reprises par des émeutes violentes, qui en font un épicentre des contestations et qui à chaque fois, défraient la chronique. En décembre 1983, dans un contexte politique tendu, la Marche pour l’égalité et la liberté, connue sous le nom de Marche des Beurs est lancée à l’initiative de l’association SOS Avenir Minguettes de Toumi Djaïdja et le père Christian Delorme, aujourd’hui devenue SOS Racisme. Cette marche est une première charge contre le racisme et l’exclusion. Le défilé monte jusqu’à Paris, dans les bureaux de l’Élysée, où les jeunes rencontrent le Président Mitterrand.

D’échec en échec

Ces crises à répétition conduisent à une prise de conscience précoce à Vénissieux, en comparaison avec d’autres quartiers défavorisés. « Le chantier, énorme, a démarré chez nous plus tôt et plus vite que dans d’autres agglomérations, et nous avons profité d’une coopération fertile entre l’État, les collectivités et la Ville de Vénissieux », se félicite Mme Picard. Les tentatives de renaissance sont nombreuses jusqu’en 2002, mais les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances.

Dans les années 1980, les politiques de rénovation restent inachevées, en raison des limites budgétaires. Entre 1990 et 2002, 80 millions d’euros sont mobilisés pour rénover le plateau. Réhabilitation du Centre Commercial de Vénissy, démolition de tours pour construire une résidence dans le quartier de la Darnaise. Néanmoins, ces efforts s’avèrent vains, puisque la paupérisation des Minguettes se généralise.

La fracture est trop profonde. Le fléau du chômage de longue durée résiste aux campagnes de ré-insertion et les populations se renferment sur elles-mêmes. Les habitants pâtissent également de la mauvaise image du quartier. Un échec fracassant qui conduit à une montée significative du communautarisme. Les exclus de la République cherchent de nouveaux repères et les trouvent notamment dans le culte musulman. Les signes de l’appartenance islamique se multiplient dans l’espace public. Signe de cette crispation identitaire : L’association Union des jeunes musulmans est créée en 1987 avec pour crédo l’affirmation de sa religiosité.

Des rénovations successives ont néanmoins conduit à une transformation du paysage urbain des Minguettes. Bien sûr, les grandes tours s’amoncellent toujours sur ses collines, mais le renouveau et la modernité sont indéniables. Et aujourd’hui, à force d’un travail acharné et d’un projet cohérent de la maire Michelle Picard, les Minguettes ont changé de visage.

Le temps du renouveau. Ou presque.

A partir de 2002, Jean-Louis Borloo, alors ministre du travail, met en place l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), qui finance à hauteur de 90% la construction de logements, d’infrastructures publiques et d’aménagements urbains. Couplés aux politiques urbaines de la Mairie de Vénissieux, les résultats sont probants.

De nouveaux logements sociaux ont été construits, contemporaines et souvent aux normes HQE (Haute qualité environnementale). Il y a également des pavillons à taille humaine, comme ceux derrière l’avenue Jean Cagne, avec un loyer de 7,50 euros par m². Ou encore rue de la Démocratie, avec des logements en locatif social avec loyer libre. « Ce qui est important, c’est que ce sont les Vénissians qui s’y installent », se félicite Michèle Picard. En effet, le plan urbanisme prend en compte les populations et continue la construction de logements sociaux. « D’anciens Vénissians reviennent habiter sur le plateau », souligne la maire. Le centre commercial Vénissy, aujourd’hui en ruine, va être remplacé par 75 logements sociaux et des commerces aux pieds des immeubles, pour une plus grande proximité. Le projet est d’aérer et d’ouvrir l’espace, avec la construction de nouvelles voiries entre les bâtiments.

Le plan d’urbanisme comprend l’implantation d’équipements publics à vocation culturelle, pour donner « un caractère plus urbain au plateau », dixit la Maire : La rénovation de l’école de Musique Weiner et l’extension et la modernisation du cinéma Gérard Philippe sur l’îlot cerisier, pôle culturel bénéficiant d’un positionnement géographique central, tendent vers un rayonnement dépassant les frontières des Minguettes. « Ce sont des personnes des alentours, de Feyzin, qui viennent au Cinéma », ajoute l’élue. « Un pari réussi, car ça permet de casser les préjugés ». Une réussite, qui profite à la population et à l’image du quartier.

Les Fêtes escales, festival vénissian, s’installent également sur le plateau. Il y a aussi l’Institut Bioforce, une association humanitaire, qui propose des formations aux jeunes. « Un élément moteur dans le quartier, qui contribue à l’animation du quartier », précise la mairesse.

Le désenclavement du plateau a été rendu possible, grâce à la mise en service du tramway T4 en 2009, un réel outil d’aménagement urbain : « Le logement social et l’urbanisme ne font pas tout, la mixité sociale ne sera pas renforcée, si tout cet ensemble n’est pas inséré dans un maillage toujours aussi dense de services publics de proximité », explique Mme Picard.

Faciliter la création d’entreprises est aussi un des projets. Avec le dispositif Zone franche urbaine, créé en janvier 2004, les entreprises qui s’installent aux Minguettes ou dans d’autres zones de Vénissieux, bénéficient d’exonérations d’impôts. La pépinière le Pyramidion accueille aujourd’hui une vingtaine d’entreprises.

D’autres indicateurs restent toutefois obstinément au rouge. Le taux de chômage chez les jeunes atteint 40%, soit presque le double de la moyenne nationale. Entre 2006 et 2010, l’échec scolaire et la délinquance ont augmenté. Alors que Vénissieux compte 53% de ménages imposés, aux Minguettes ce taux retombe à 37,5%. Et Vénissieux, tout en étant la troisième ville de l’agglomération lyonnaise, est également la plus pauvre.

Un renouveau à demi-teinte donc, car les plaies ne sont pas tout à fait cicatrisées. « La lame de fond du capitalisme financier [...] font de nos bassins d’emplois des terres sinistrées », justifie Michelle Picard. Pas de quoi décourager l’élue communiste : « Nous devons continuer à faire preuve d’audace, d’imagination, de modernité, de courage aussi, car c’est dans les quartiers populaires que se joue en priorité l’avenir de notre République ».

Photo : DR

Publié le : vendredi 15 juillet 2011, par Mélanie Rauscher

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