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L’Opéra brûlera-t-il ?

Les Contes d’Hoffmann : un magnifique opéra maudit

L’Opéra de Lyon offre jusqu’à fin décembre Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach, l’opéra le plus joué au monde après Carmen. Casting de haut niveau, voix sublimes, décor épuré, cet opéra-comique fantastique magnifiquement dirigé par Kazushi Ono parle de l’amour impossible entre les hommes et les femmes.

Les Contes d’Hoffmann ont été joués la première fois le 10 février 1881 à l’Opéra comique de Paris. Offenbach, décédé cinq mois plus tôt, n’a pu y ajouter sa dernière touche, lui qui aimait tant modifier ses œuvres jusqu’aux premières représentations, en tenant compte des réalités scéniques et des réactions du public. Le livret de Jules Barbier s’inspire de cinq contes du poète allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann. L’acte 1 et 5 encadrent les trois actes centraux et tissent un habile fil rouge dramatique, une unité accentuée par les décors épurés signés Chantal Thomas et les très beaux costumes XIXe de Laurent Pelly et Jean-Jacques Delmotte.

L’histoire démarre dans une taverne allemande, animée par les esprits de la bière et du vin, « amis des hommes », superbement chantés par le choeur. Hoffmann, à la fois héros et narrateur de cet opéra, va raconter à ses compagnons de beuverie l’histoire de ses trois amours malheureuses : Olympia, Antonia et Giulietta.

Poupée parfaite, jeune fille fragile ou courtisane vénale : trois visages de la femme

Olympia, Antonia et Giulietta - respectivement les titres des actes 2, 3 et 4 - incarnent trois aspects de la même femme, Stella, la fille du tavernier, dont Hoffmann est amoureux à l’acte 1. Quatre rôles féminins incarnés par la ravissante soprano italienne Patrizia Ciofi, à la voix de rossignol. Olympia est la femme parfaite, elle chante l’amour à merveille - le fameux air des « oiseaux dans la charmille » -, mais elle n’a pas de cœur : c’est un automate créée par l’inventeur fou Spalanzani, une sorte de docteur Frankenstein. Hoffmann, aveuglé par les yeux de l’amour, ne voit pas que la femme qu’il aime n’est qu’une poupée, support de ses projections fantasmatiques. Une poupée d’autant plus parfaite que sa seule conversation se limite à dire : « oui, oui… ».

Antonia incarne l’artiste, une cantatrice tellement dévouée à son art, qu’elle en mourra, désespérant Hoffmann. Celui-ci, incarné par le très séduisant et très talentueux ténor américain Léonardo Capalbo, se réfugiera finalement dans les bras de Giulietta, une courtisane vénale avec laquelle il mènera à Venise une vie de débauche. C’est ici qu’est chantée la fameuse barcarolle, cette chanson des gondoliers vénitiens à la mesure ternaire et au rythme uniforme, évoquant le mouvement lent de la barque… Mais dans cette ville des masques et des faux-semblants, Hoffmann va perdre son âme, ou tout comme, puisque la perfide Giulietta lui vole son reflet, le réduisant ainsi à la condition de vampire… Et ayant perdu son humanité, le cœur brisé, Hoffmann sera au final incapable de rendre à Stella son amour.

Un opéra diabolique

C’est le diable en personne, interprété par le magnétique et talentueux baryton français Laurent Alvaro, qui contrarie dans cet opéra les plans amoureux d’Hoffmann : « j’ai dans tout le physique un aspect satanique qui produit sur les cœurs l’effet d’une pile électrique », chante à l’acte 1 le Conseiller Lindorf, le premier personnage diabolique. Il sera incarné ensuite par Coppélius à l’acte 2, celui qui offre à la poupée Olympia ses beaux yeux envoûtants et à Hoffmann la paire de lunettes qui va l’aveugler. C’est encore lui qui apparaît à l’acte 3 sous les traits d’un hypnotiseur-magnétiseur, le docteur Miracle, qui va tuer – à distance - Antonia. C’est enfin lui, sous les traits du capitaine Dapertutto, qui demande à l’acte 4 à Giulietta, sa servante, de lui offrir le reflet d’Hoffmann, après avoir pris celui du pauvre Peter Schlemihl, le héros du conte d’Adelbert von Chamisso, que l’on croise ici.

Heureusement, Hoffmann est aimé par sa muse, qui prendra les traits de Nicklausse, son fidèle ami. Et c’est elle qui sauvera Hoffmann du désespoir, permettant au poète de sublimer ses peines de cœur en empruntant le chemin de la création : « Que la tempête des passions s’apaise. / L’Homme n’est plus, renais poète ! (…) Des cendres de ton cœur, réchauffe ton génie, / Dans la sérénité souris à tes douleurs ! / La Muse apaisera ta souffrance bénie, / On est grand par l’amour et plus grand par les pleurs ! »

Échappée belle

Toutefois, la malédiction diabolique semble ne pas s’arrêter à la vie amoureuse d’Hoffmann, mais s’être jetée sur l’œuvre elle-même ainsi que sur ses spectateurs. Le 8 décembre 1881, à Vienne, juste avant la seconde représentation des Contes d’Hoffmann, le feu dévaste ainsi la salle comble du Ring Theater et fait 1100 victimes. La partition de la version allemande part en fumée. Le 25 mai 1887, la salle Favart, à l’Opéra comique, qui a vu la création des Contes d’Hoffmann, prend également feu : 84 personnes y laissent la vie, la bibliothèque de l’Opéra brûle et la partition de 1881 est détruite. Un mauvais sort dont l’Opéra de Lyon ne semble pas épargné. En effet, lors de la représentation du lundi 16 décembre, un incident s’est produit à l’acte 1 : un décor – descendant – s’est encastré dans un décor mobile au sol, bloquant les deux juste avant l’entrée en scène du diabolique Lindorf, qui a dû chanter sous une lampe se balançant dangereusement au-dessus de lui. Heureusement, l’incident n’a pas fait de victime cette fois-ci...

Info : représentations le mercredi 18 et le vendredi 20 décembre à 19h30, le dimanche 22 décembre à 16h, enfin, le jeudi 26, le samedi 28 et le lundi 30 décembre à 19h30, www.opera-lyon.com

Photo : Opéra de Lyon

Publié le : mardi 17 décembre 2013, par Florence Leray

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1 commentaire pour cet article


  • Les Contes d’Hoffmann : un magnifique opéra maudit 19 décembre 2013 à22:43, par gosselin magali

    l’article est vraiment bien rédigé et meme si on n’y était pas tout est là avec les détails et meme l’anecdote du decore qui tombe mal ......
    excellent merci a florence leray

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