L’agrandissement du stade est possible

Grand stade et ramblas à Gerland

Et si le Grand stade rêvé par l’OL se faisait à Gerland ? Impossible, s’écrient en chœur Jean-Michel Aulas, le président du club, et Thierry Braillard, l’adjoint aux sports à la Marie de Lyon. Gerland congestionné les soirs de match, l’OL condamné à jouer à Saint-Étienne, résultats sportifs en dents de scie, rien n’est trop énorme pour justifier le choix du Grand Montout à Décines. Entretemps, deux architectes lyonnais de renom se sont saisis de la question. « L’étude que j’ai faite a amené Jean-Michel Aulas à transférer son projet à Décines », affirme Albert Constantin. « Agrandir Gerland, c’est possible », lui répond son confrère Marc Favaro. Contradictoire ? Pas du tout.

« Je fais partie de ceux qui soutiennent Jean-Michel Aulas dans son projet de Grand stade à Décines », déclare sans ambages l’architecte lyonnais Albert Constantin. L’homme sait de quoi il parle. Connu pour avoir réhabilité la Halle Tony Garnier, les Archives municipales et bientôt l’Hôtel-Dieu, il a surtout rénové en 1998 le stade de Gerland pour la Coupe du monde. C’est lui et son équipe de l’Atelier de la Rize qui se voient confier en 2004 l’étude sur un éventuel agrandissement du stade construit par Tony Garnier. Albert Constantin soulève alors 3 problèmes : Gerland est classé zone Seveso, le stade est inscrit à l’inventaire des monuments historiques et l’OL devra se contenter d’une capacité d’accueil réduite pendant les travaux.

L’année suivante, son confrère Marc Favaro s’est également penché sur la question. Lui aussi a participé à la rénovation du stade de Gerland pour le Mondial de 1998 et connaît donc l’enceinte comme sa poche. Avec son collègue Franck Vella, il décide d’étudier la question. « En juin 2005, on parlait soit d’un déménagement soit d’un agrandissement du stade », se souvient Vella. « Nous avons donc réalisé une étude non demandée (photo). Avec l’expertise de Marc, nous avons avancé très vite et achevé début 2006 ce projet d’agrandissement de Gerland de 40000 à 54000 places. » (Tribune de Lyon 17/06/08)*. Un travail qui prouve la faisabilité du projet. « Le projet est intelligent » avait alors commenté Thierry Braillard. 5 ans plus tard, l’approbation s’est transformée en mépris : « Marc Favaro a fait dix croquis, qui n’ont pas fait l’objet de la moindre étude », a claironné l’adjoint aux sports devant le conseil municipal. Alors étude sérieuse ou travail bâclé ? L’enquête de Lyon Info permet de tordre le cou à quelques idées reçues.

Le stade ne peut pas être agrandi car il se trouve en zone Seveso

Faux. Un nouveau Plan de prévention des risques technologiques (PPRT) est sorti en 2009 (voir plan ci-dessous). Depuis, le stade, le Palais des sports, Tola Vologe et les parkings sont déclassés du périmètre Seveso. Seule une partie de la Plaine des jeux se trouve encore en zone bleu ou verte, restreignant la construction d’immeubles. « Si Gérard Collomb et Jean-Michel Aulas décident de rénover Gerland, ce problème se réglera comme par enchantement », osent avancer les 2 architectes.

Le stade ne peut être modifié sans l’aval des architectes des Bâtiments de France

Vrai et faux. La bâtisse est inscrite depuis le 6 octobre 1967 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Cela n’a pas empêché sa rénovation - plus légère - pour la Coupe du monde. « Dans notre projet, nous avons voulu mettre en valeur les ouvrages de Tony Garnier. Les portes seront plus visibles », répondent Marc Favaro et Franck Vella. « Le service départemental d’architecture ne peut pas être considéré comme un opposant systématique tant qu’il n’a pas été interrogé », ajoute le journaliste patrimonial Régis Neyret (Tribune de Lyon, 27/04/2010). D’autant plus que la ministère de la culture peut à tout instant passer outre l’avis des protecteurs du patrimoine. Et puisque la rénovation de Gerland est défendue par l’UMP locale...

L’OL devra jouer la Ligue des champions à Saint-Étienne

Pipeau. L’argument est de Thierry Braillard. Pendant les 3 ans de travaux, la capacité d’accueil du stade serait diminué de moitié et le stade ne serait plus homologué par l’UEFA pour la Ligue des champions. Un double mensonge. Le projet de rénovation nécessite la fermeture alternative des deux tribunes latérales. Celles-ci comptent 8544 (tribune Jean Jaurès) et 9777 places (tribune Jean Bouin). Comme à Marseille, où l’OM jouera devant 42 000 spectateurs au lieu de 60 000 pendant la rénovation du Vélodrome, l’OL pourra compter à tout instant sur les trois-quarts de la capacité du stade, soit au minimum 32 065 places. Quant à la Ligue des champions, le nouveau champion de France la jouera la saison prochaine dans son vétuste Stadium Nord Lille de 21 650 places.

On ne peut pas construire 60 000 places à Gerland

Vrai. Les projets de Favaro et Vella, tout comme celui de Constantin, portent sur un agrandissement à 54 000 places en rehaussant les 2 tribunes latérales. Une capacité à priori suffisante, car l’OL ne dépasse actuellement pas les 35 000 spectateurs par match en moyenne. En Allemagne, où le nombre de spectateurs a connu un véritable boom depuis le Mondial 2006, seul 4 équipes affichent des affluences moyennes supérieures à 54 000 : Dortmund, Munich, Schalke et Hambourg. Sachant que les matchs de Bundesliga ont lieu le samedi après-midi, soit un horaire plus familial qu’en France.

Gerland n’aura pas le même confort

A voir. Albert Constantin est catégorique : « On n’aurait pas le confort qu’on attend aujourd’hui d’un stade moderne. » Pour l’architecte lyonnais, « la qualité de réception pose problème à Gerland. Il est difficile de construire des lieux de réception dans toutes les tribunes. » Difficile mais pas impossible. « Cela nécessiterait des travaux extrêmement importants que je n’ai pas étudiés », concède l’architecte.

Si Albert Constantin s’est contenté d’étudier l’augmentation du nombre de places, le projet de Favaro et Vella va plus loin : « Nous construirons autour de l’enceinte actuelle en s’appuyant sur les réalisations de Tony Garnier », ont-ils confié à Tribune de Lyon. « Le nouveau Gerland proposera 4 500 places en loges. Le club des 100 aura un vrai restaurant. Les VIP ne seront plus serrés. Nous détruirons la grande poutre et libérerons ainsi de l’espace. Les tribunes latérales seront sur trois niveaux. Le nouveau Gerland sera simple, léger mais avec la même modernité que celui de Décines. Gerland gardera son âme et celle de l’OL. »

Plus complet, le projet de Favaro et Vella est aussi plus cher : 250 millions contre 60 millions chez Constantin. Très loin toutefois des 700 millions (stades plus accès) prévu à Décines.

On ne peut pas construire un OL Land à Gerland

Faux. « Le Grand Stade de Décines va avoir un certain nombre d’activités parallèles, comme le stade d’entraînement, le centre de loisirs, les deux hôtels, les boutiques, la restauration, la partie immobilière », a confié Jean-Michel Aulas au Progrès (21/12/2010). « Ça mérite 50 à 75 hectares ». Enfin pas tout à fait. Tout au plus 45 hectares, selon les informations que le club publie sur son site, dont seulement 6 pour le stade et 4 pour les terrains d’entraînement. Le reste accueillera 2 hôtels (100 et 150 chambres), des bureaux (8000 m²), un centre de loisirs (40 000 m²) avec aire de jeu, bowling et restaurant, et surtout beaucoup de verdure.

A Gerland, l’OL dispose d’ores et déjà de plus de 22 hectares (voir plan ci-dessous), en comptant le stade (15), Tola Vologe (3) et le parking (4). En y ajoutant la Pleine des jeux (18 hectares), la surface disponible est quasiment la même qu’à Décines, à condition de déménager la vétuste piscine de Gerland. Ainsi, Marc Favaro et Franck Vella s’y sont donné à cœur joie dans leur étude : « Nous avons prévu de réaliser une galerie commerciale souterraine au pied des tribunes où l’on pourrait installer des commerces sur 55 000 m² », ont déclaré les deux architectes à Tribune de Lyon. « Tony Garnier avait prévu des pavillons autour du stade et ils n’ont jamais été réalisés. Nous voudrions les construire et en faire des immeubles de bureaux. Nous pouvons aussi installer d’autres surfaces commerciales sur les deux immenses parkings en face du stade. Dans notre esprit, le quartier deviendrait piéton. Le bas de l’avenue Jean-Jaurès deviendrait une rambla. Et une grande esplanade entourerait le stade avec un parking en dessous. »

Gerland est difficile d’accès

Le pompon. Gerland dispose d’ores et déjà d’une desserte en métro. En décembre 2013, celui-ci sera prolongé jusqu’à Oullins et d’ici 2020 jusqu’aux Hôpitaux sud, où un parking relai permettra de l’interconnecter avec l’A450. En février 2014, le tram T1 arrivera à Debourg. Puis, entre 2015 et 2020 une nouvelle ligne forte reliera Gerland à la Doua. Un projet dont la mise en place était d’ailleurs initialement prévue avant 2014, mais sacrifiée au bénéfice des dessertes du Grand stade du Montout. Puis, le futur TOP, qui enjambera les bassins du port Édouard Herriot passera à proximité. Rien de tout cela n’existe à Décines.

* Un grand merci à Ivan Thomas pour son aide d’archiviste.

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011, par Michael Augustin