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Journée de lutte contre les violences

Prostitution : Cabiria dénonce la « violence » des députés

Le 17 décembre est la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleuses du sexe. Depuis le début des années 2000, elle permet de dénoncer les insultes, violences physiques et le harcèlement dont les prostitués sont quotidiennement victimes. Cette année, la journée prend une tournure plus politique, car elle coïncide avec le dépôt d’une proposition de loi visant à pénaliser les clients. Les associations dénoncent les « violences » des députés et demandent à être entendues.

« Madame la députée, Monsieur le député, refusez cette loi. Refusez d’exercer sur nous une autre violence : celle de ne pas entendre notre parole et de rendre nos conditions de travail plus difficiles. Nous ne voulons plus être considérées comme des victimes : donnez-nous des droits ! », peut-on lire sur une carte postale-pétition, à renvoyer aux élus.

« La parole des travailleuses du sexe est toujours discréditée », s’insurge Florence Garcia, la présidente de l’association Cabiria, qui suit quelque 750 prostituées à Lyon. « On leur répond : “Vous n’êtes pas représentatives puisque vous le vivez bien.” Les seules prostituées représentatives aux yeux des députés sont celles qui le vivent mal », s’étrangle-t-elle. « La première violence qu’elles subissent est de ne pas être écoutées. »

Si l’association ne nie pas que certaines filles exercent sous la contrainte, ce phénomène serait minoritaire. Pas plus de 20% des cas. « Cabiria rencontre beaucoup de personnes qui le vivent bien », assure la présidente.

« Cette activité, les prostituées l’ont choisie, elle les regarde », poursuit Florence Garcia. Si pour certaines, il s’agit de pouvoir boucler des fins de mois difficiles, pour d’autres, c’est un choix de vie. « On ne veut pas de patron et décider nous-mêmes de nos horaires de travail », affirme Karen, figure emblématique de la lutte des prostituées à Lyon.

La proposition de loi prend l’exemple sur la Suède où les clients sont pénalisés depuis 1999. Si la prostitution de rue y a incontestablement diminuée, les prostituées ne se sont que déplacées, selon Cabiria, exerçant désormais dans des appartements et même sur des bateaux mouillant dans des eaux internationales.

« Cette loi aurait des conséquences dramatiques sur les conditions de travail de ces femmes », s’inquiète Florence Garcia. Qui craint que l’association ne pourrait alors plus suivre les prostituées, obligées de se cacher pour travailler. « Cette loi les ferait basculer dans la clandestinité », lance la présidente de Cabiria. « Comment pourrions nous alors poursuivre notre travail de prévention du Sida et des IST ? »

Un phénomène qui a déjà commencé en raison de la loi sur le racolage passif, qui menace les prostituées de 3750 euros d’amende et 2 mois de prison. Conjuguée aux arrêts municipaux qui se multiplient pour chasser les camionnettes, elle a fait fuir nombre de prostituées. « Elles exercent maintenant en bord de Nationale. Qui viendra les secourir là-bas si elles sont en danger », s’écrie Florence Garcia.

Pour empêcher le vote de la loi, associations et travailleurs du sexe ont décidé d’interpeller directement les députés. « C’est nous qui sommes sur le terrain. On voit ce qui s’y passe », résume Karen. « Personne ne veut nous entendre. Pourtant, on a des choses à dire. »

Photo : Lyon Info (archives)

Publié le : samedi 17 décembre 2011, par Michael Augustin

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