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Le Tribunal administratif décidera

Éléphantes de la Tête d’or : leur sort scellé vendredi

C’était l’audience de la dernière chance pour Baby et Népal, les deux éléphantes du parc de la Tête d’or, suspectées d’avoir contracté la bacille de la tuberculose. Ce jeudi matin, leur propriétaire, le cirque Pinder, était venu plaider leur cause devant le Tribunal administratif de Lyon.

Faut-il euthanasier Baby et Népal, âgées respectivement de 42 et 43 ans, voilà la question que devra trancher le tribunal. Non, affirme Me Francis Lefaure, avocat-conseil de la société Promogil qui représente le cirque Pinder. Il fait valoir que sur la douzaine de prélèvements effectués sur les deux pachydermes, seuls deux se sont révélés positifs et que ces analyses datent de 2010. Aucun nouveau dépistage n’a été effectué sur les deux animaux depuis cette date.

La préfecture du Rhône et la ville de Lyon ne parlent d’ailleurs que de « suspicion » de contamination. Souci : seule une autopsie permet de déterminer avec certitude si un animal est malade ou non. Une telle autopsie a justement été pratiquée sur Java, la troisième éléphante du parc, décédée en août dernier à l’âge très honorable de 67 ans. Elle a révélée que cette doyenne des éléphantes en Europe était bien malade de la variante humaine de la tuberculose.

Transmissible des animaux à l’homme et de l’homme à l’animal, la tuberculose est une maladie grave, dont la contagion se fait par voie aérienne. Quasiment éradiquée en Europe, c’est néanmoins une des trois maladies les plus importantes dans le monde, avec le Sida et le paludisme.

Aussitôt les premières analyses connues, les pachydermes du zoo lyonnais ont d’ailleurs été mis à l’écart du public et des mesures de sécurité prises pour les soigneurs. Obligés d’abord de porter un masque, ils doivent revêtir une combinaison jetable depuis que l’infection de Java a été confirmée.

Peut-on soigner la maladie ?

Chez l’homme, la tuberculose est traitée avec une combinaison de plusieurs antibiotiques pendant une durée de six mois. Si un traitement similaire est possible sur des éléphants, plusieurs problèmes se posent. Tout d’abord son coût : 35 000 euros par animal, selon Marc Artois, professeur à l’Ecole nationale vétérinaire de Lyon. Puis, ce traitement comprend des risques pour les soigneurs, obligés d’être en contact étroit avec les animaux, notamment pour s’assurer que les médicaments sont pris correctement.

Enfin, outre les effets secondaires nombreux, cette méthode comporte le risque de voir se développer de nouvelles formes du bacille, multirésistantes et hautement dangereuses pour l’homme.

C’est sur la base de ces informations, que la préfecture du Rhône a décidé d’ordonner l’abattage des deux éléphantes, dès qu’elle a pris connaissance de l’autopsie pratiquée sur Java.

Le cirque Pinder redécouvre ses éléphantes

Les deux animaux avaient été confiés au zoo de la ville de Lyon en 1999. Le cirque Pinder ne souhaitait alors pas les conserver parce qu’ils ne s’entendaient pas avec les autres bêtes du cirque.

Une fois les premières suspicions éveillées en 2010, la ville de Lyon avait résilié la convention qui la liait au cirque, l’invitant à récupérer ses éléphantes ou à les faire euthanasier. Une injonction à laquelle Gilbert Edelstein n’avait pas donné suite. « Nous ne disposions à l’époque pas de parc animalier pour les accueillir », fait valoir Me Lefaure au tribunal, annonçant qu’un tel équipement serait en cours de construction au sud de Paris et fin prêt pour fin 2013.

Or, à peine l’arrêté préfectoral connu, Gilbert Edelstein, le gérant du cirque Pinder, redécouvre l’existence de ses bêtes. A coups d’interventions dans les médias, de communiqués de presse, voire de demande de grâce présidentielle, il essaie alors de sauver leur peau.

Avec comme argument principal l’absence de nouvelles analyses pratiquées depuis 2010. « On ne sait pas avec certitude si elles sont toujours porteuses du bacille », insiste Me Lefaure. Soulignant que le cirque s’était proposé d’effectuer ses propres prélèvements. Une information confirmée par le parc de la Tête d’or, proposition à laquelle il n’a toutefois pas donné suite.

Autre problème, le dépistage de la tuberculose n’étant pas obligatoire, le fait d’ordonner l’abattage des animaux contaminés conduirait tous les propriétaires de cirque à ne plus faire examiner leurs bêtes, estime le docteur Florence Ollivet-Courtois, vétérinaire référente du cirque Pinder. « Un vrai risque pour la santé publique », estime-t-elle.

Ces arguments, sont ils suffisants pour sauver la peau de Baby et Népal ? Réponse vendredi 21 décembre. A moins qu’il faille « euthanasier les éléphants (du PS) avant de chercher à tuer les éléphantes du Parc de la Tête d’Or », comme l’a écrit l’ancienne secrétaire d’État à la santé, Nora Berra sur Twitter.

Photo : Michael Augustin, DR

Publié le : jeudi 20 décembre 2012, par Michael Augustin

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