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Processus démocratique

Tunisie : « Je crains encore d’autres tremblements »

Karima Souid est l’une des 10 députés qui représentent les Tunisiens de France à l’Assemblée constituante. Un an après, cette Vénissiane tire un bilan sans concessions de son engagement et du difficile processus de démocratisation dans ce pays.

La nouvelle constitution a pris du retard. Pourquoi ? Quand sera-t-elle adoptée ?

Les travaux des commissions n’ont débuté que le 15 février (soit 3 mois après les élections, ndlr), mais cette raison matérielle n’est pas la seule. Nous avions une obligation de moyens. Cela signifie qu’il fallait mettre les moyens pour être dans les temps, pour être au rendez vous avec l’histoire.

Il fallait pour cela une véritable volonté, et je déplore que cette volonté ait manqué. L’article 77, qui prévoit des traductions pour les députés de l’étranger non arabophone et pour les tunisiens à l’étranger, n’a toujours pas été respecté. Vous imaginez ! Dans un pays, où les universités de lettres regorgent de compétences et de diplômés chômeurs…

Un temps considérable a été perdu à se poser des questions existentielles, mettant en danger notre modèle civilisationnel. La société tunisienne a passé une partie de l’année à trembler. Tous ces tremblements ont pris du temps et mettront du temps à cicatriser.

La constitution ne pourra être adoptée que lorsque les véritables questions seront enfin discutées : régime politique, loi électorale, instances constitutionnelles. Je crains encore d’autres tremblements…

Beaucoup de personnes redoutent l’inscription de la charia dans la constitution et une dérive vers un état islamique. Est-ce que ce risque existe ?

La question de la charia a été définitivement tranchée et ce sujet est l’un des tremblements qui nous a secoués tout au long de l’année. Nous en sommes restés à l’article 1 de la constitution actuelle qui dispose que la Tunisie est un état musulman de langue arabe. Bourguiba (président tunisien de 1957 à 1987, ndlr) en avait fait une interprétation moderne et ouverte sur le monde.

Quid de la nouvelle jurisprudence constitutionnelle en la matière ? Rien de clair. Une interprétation stricte peut nous amener non loin de la charia. D’où l’importance de la cour constitutionnelle et de sa nouvelle composition.

Certains intégristes parlent de « complémentarité » de la femme. Est-ce que sa place dans la société tunisienne est menacée ?

Je ne le crois pas car la société civile est vigilante, car la femme tunisienne est elle-même vigilante.

J’avais dit à ce sujet que si la femme est vue comme complément de l’homme, pourquoi ne pas voir l’homme à son tour comme complément de la femme ? Et ainsi, l’égalité parfaite au sens mathématique et juridique aura été posée, reconstruite. J’espère avoir été entendue.

Vous représentez le parti Ettakatol, classé progressiste, mais minoritaire. Quelle influence a-t-il pu avoir dans les négociations ?

Une influence faible, à l’image de son poids réel. Une influence qui s’est de plus en plus affaiblie avec le désarroi de plusieurs de nos députés qui ont quitté le groupe parlementaire.

Je reconnais que le président Ben Jaafar (issu d’Ettakatol, ndlr) avait pesé de tout son poids sur la question de la charia mais je regrette qu’il n’ait pas toujours été le gardien du temple comme cela avait été vendu au départ. Toutefois, je lui reconnais par moment beaucoup de vigilance que je n’ai malheureusement pas trouvée en certains ministres d’Ettakatol du gouvernement…

Je pense qu’Ettakatol aurait dû rassurer davantage les progressistes dans sa participation au gouvernement. Quand vous savez que les décisions en conseil des ministres sont prises à la majorité, quelle influence peut avoir Ettakatol quand on sait qu’il a 6 ministres sur 40 ? Ce mode de décision aurait dû être refusé bien en amont.

Enfin, Ettakatol a eu une communication faible et inaudible. Or, c’est essentiellement sur ce terrain que le Parti était attendu par la société civile.

La situation économique se dégrade en Tunisie. Les grèves s’y multiplient et les touristes font défaut. Comment le pays peut-il s’en sortir ?

En rétablissant la confiance. La confiance c’est de la sécurité, c’est de la clarté et c’est faire ce que l’on a promis.

La révolution a été faite pour des questions essentiellement de pauvreté et de précarité dans les régions enclavées de l’intérieur du pays. Or, aucune réalisation majeure n’a été menée dans ces régions, ni de projets d’infrastructures, ni de commencement de preuve de bonne volonté, ni de début d’illusion…Alors que dans la loi de finances complémentaire, il avait été budgétisé des sommes importantes pour ces régions. Exécuter est un art et cet art a fait souvent défaut.

Une évaluation du rendement de ce gouvernement s’impose, la Tunisie regorge de compétences qui savent faire, penser stratégie et surtout exécuter ce qui a été promis.

Quels contacts avez-vous avec les Tunisiens de France et quel regard portent-ils sur la situation en Tunisie ?

J’ai promis d’être leur porte voix. Je vais sur le terrain périodiquement leur parler, leur dire à quel point c’est difficile. Vous savez les Tunisiens en France sont habitués à la démocratie et n’aiment pas la langue de bois. Pour leur être fidèle, j’ai banni la langue de bois et ai souvent été très énergique dans mes interventions. Cela ne m’a pas valu que des amis mais je ne suis pas venue faire de la figuration, ni me positionner. Je suis venue défendre les objectifs de la révolution et notamment ceux que les Tunisiens de France m’ont mandaté de défendre.

Je me suis battue seule, depuis le premier jour sur la langue. Je vous rappelle être fière d’appartenir aux Tunisiens en France de la deuxième génération. Je ne lâcherai pas car la langue française est une partie intégrante de l’ADN tunisien et il faut voir cela comme source de richesse et de fierté. J’ai dit clairement que les langues se multiplient et ne doivent pas se soustraire. J’ai voulu montrer à mes compatriotes de France que nous étions d’intelligence tunisienne et de langue française.

Je suis évidemment en contact avec les associations en France mais aussi très présente sur les réseaux sociaux. On me reproche même de répondre quasi systématiquement à tous mes interlocuteurs. C’est un devoir d’informer, d’éclairer mais aussi d’accepter la critique, même si elle est souvent disproportionnée.

Quel bilan personnel tirez-vous jusqu’à présent de votre engagement ?

J’ai beaucoup appris. J’ai rencontré une société civile vigoureuse et formidable. Des jeunes et des femmes qui portent en eux tout l’espoir d’un peuple. Je ne les quitterai jamais car ils m’ont enrichi et je leur en suis redevable à jamais.

J’ai malheureusement découvert une société aux multiples fractures et me dis qu’il faudra des décennies pour les panser et suis triste de voir ces nouveaux politiciens davantage mus par des ambitions personnelles que par la défense acharnée de principes quel qu’en soit le prix.

J’ai par ailleurs fait de la défense des martyrs et des blessés de la révolution mon principal combat. C’est eux qui ont donné leur sang. On les a oubliés beaucoup trop vite à mon sens. Il est pour moi une fierté d’être à leurs côtés, bien plus important que les ors et les feutres de la nouvelle république.

Pour finir, j’ai été moi-même. C’est-à-dire parler sans concession, ni calculs, ni déguisement. J’ai dit aux ministres que je serai le porte drapeau des plus faibles, des plus démunis, de ceux dont les droits sont bafoués.

Je n’ai pas voulu me défaire de mon expérience associative au profit des luttes contre les discriminations. J’ai relayé sur le terrain mes apprentissages sur le terrain politique et tente en permanence de revenir à ces valeurs qui pour moi sont fondamentales.

Je tente au quotidien, comme je le peux, parfois maladroitement de faire bouger de quelques centimètres de véritables montagnes mais j’ai espoir. Ne dit-on pas que les premiers pas sont la moitié du chemin ?

Photo : DR

Publié le : jeudi 25 octobre 2012, par Michael Augustin

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2 commentaires pour cet article


  • إنّ ما يسمّـــى بلجــان حماية الثورة : هــي مليشيات إرهــابية وعصابات إجراميّة ومرتزقة لدى حركة النهضة الوهابية الرجعية وهي كذلك مليشيات مرتبطة بأجندات وقوى خارجيّة تمارس إرهاب الدولة والإرهاب السياسي وهي عصابات خطيرة تظمّ عناصر إرهابيّة تمّ إخراجهــا من السجون من طرف حزب حــركة النّهضة وهي اليد الززقاء المكلّفة من طرف حركة النهظة للقيام بآغتيالات رجــال السياسة والعنف السياسي وهي عصابات مثلها مثل اليد الحمــراء الفرنسية أيام الإستعمار والمكلّفة بآقتفاء أثر زعمــاء الحركة الوطنيّة وآغتيالهم ، وتونس اليوم هي شبيهة بالأمس فهي محتلّة من طرف الإرهاب الديني السّلفي بغطاء وتمويل أجنبي خارجي وهي نفس سياسات الإستعمار الفرنسي ، ويقيني أنّ الشعب التونسي سوف يعرف كيف يحمي بلاده وثورته المباركة من الإرهاب الديني الصهيوني السلفي الفاشستي الغاصب. الإمضاء محمّد نجيب الفندري في 26 أكتوبر 2012.

  • Bonjour
    je vous remercie pour tous les efforts que vous faites
    et j’aimerais appuyer sur un point essentiel pour moi la langue je suis tunisienne et fière de lêtre toutefois je ne sais pas lire et écrire en arabe ayant vécu en France. Quel dommage ! j’aimerais comprendre ce qui se passe dans mon pays pour moi et lavenir de ma famille et tous ceux qui sont dans le meme cas que moi.
    continuer et svp faites en sorte si vous le pouvez de réintégrer la langue française dès la maternelle celà ne pourra que nous aidez à communiquer en arabe et en français.

    merci cordialement

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