publicité fleche bas
actualite
Retrouvez
Lyon Info sur :
logo-facebook logo-twitter rss
Accueil > Ecologie > Plan climat du Grand Lyon : plus pragmatique qu’ambitieux
Partager : 
Imprimer

Malgré l’urgence climatique

Plan climat du Grand Lyon : plus pragmatique qu’ambitieux

« L’urgence est là. Nous devons agir vite et bien ! », s’est écrié David Kimelfeld devant 300 délégués réunis aux Subsistances pour la Conférence climat du Grand Lyon (photo). « Le défi est immense. Nous ne pouvons nous contenter d’ajustements. » Le président du Grand Lyon était venu présenter le Plan climat 2030, qui actera les engagements écologiques de la Métropole pour la décennie à venir. Plutôt timoré dans bien des domaines, ce plan, fruit de quatre ans de travail, reste toutefois au milieu du gué.

« Est-ce que notre ville sera encore vivable à la fin du siècle ? On n’en sait rien », a dû reconnaitre Bruno Charles, vice-président en charge du climat au Grand Lyon. Le dernier rapport du Giec publié en septembre ne laisse effectivement peu de place à l’optimisme. L’objectif d’un réchauffement planétaire limité à 2 degrés, qui servait de marqueur à la conférence de Paris sur le climat (COP 21), « parait compromis », selon l’aveu même de Bruno Charles.

Les scientifiques tablent désormais sur une augmentation entre 3 et 5 degrés, voire plus. « Personne ne sait ce que plus 5 degrés signifie. Par contre moins 5 degrés, on le sait. La dernière fois que cela est arrivé, la mer de glace de Chamonix s’étendait jusqu’à Vaulx-en-Velin », a expliqué le vice-président.

Plus 5 degrés, selon les projections de la Métropole, entraînera 28 jours de canicule en moyenne par an dans l’agglomération lyonnaise, avec des températures entre 40 et 50 degrés. Une réduction de - 25 à - 40 % des précipitations annuelles, avec des conséquences dramatiques pour l’agriculture. Autant dire qu’à plus 5 degrés, il ne suffira plus d’acheter une clim mais que les conditions de vie sur Terre auront radicalement changé.

Pour donc agir « vite et bien », la Métropole a dégainé son Plan climat air énergie territorial (PCAET). Un document d’une centaine de pages dont la dernière mouture publiée est téléchargeable ici. « Des choix extrêmement forts » pour répondre à une « urgence extrêmement forte » s’est enthousiasmé le président de la Métropole, David Kimelfeld, face aux 140 partenaires du plan réunis aux Subsistances : élus, entreprises et, pour la première fois aussi des associations. La réalité est malheureusement plus nuancée.

Un premier plan en demi-teinte

Le Grand Lyon n’en est pas à son coup d’essai. Les premières orientations dans le domaine remontent à 2007. A l’époque « personne n’avait compris ce qu’il votait », se gausse Bruno Charles aujourd’hui. Puis, dès 2012, la collectivité adopte son premier plan climat pour traduire à l’échelle locale les objectifs que l’Europe avait fixés pour 2020. Les fameux trois fois vingt : 20 % d’énergies renouvelables, une réduction de 20 % des émissions de CO2 et 20 % de consommation d’énergie en moins.

Sept ans plus tard le bilan est peu glorieux. De combien ont été réduit les émissions de CO2 dans l’agglo ? Le Grand Lyon ne semble pas le savoir lui-même. De 16 % entre 2000 et 2016, selon un point d’étape publié en 2017 et consultable ici ? Comme cela ne faisait pas beaucoup, élus et service presse avancent désormais le chiffre de 21 % pour exactement la même période. D’où viennent ces 5 points supplémentaires ? Mystère et boule de gomme. Mais, l’un dans l’autre, comme les émissions françaises sont reparties à la hausse entre 2016 et 2019, le compte n’y est pas.

Autre souci, le Grand Lyon n’y est pas pour grand-chose. C’est en effet le secteur industriel, en réduisant ses émissions de 24 %, qui a été le principal moteur de la baisse du CO2 dans l’agglomération. Le transport routier et le logement, deux secteurs sur lesquels la Métropole aurait pu agir, restent largement à la traine avec des baisses respectives de quelques 12 et 8 %.

Les résultats sont encore plus décevants dans les deux autres domaines du Plan climat de 2012. La production d’énergie renouvelable plafonnait ainsi à 7 petits pourcents en 2015, tandis que la demande énergétique n’avait reculé que de 9,5 % à la même date. On est loin des objectifs fixés. La population grand-lyonnaise a certes cru de 15 % durant la même période, mais cette progression avait bien été prise en compte (à 2 points près) dans les projections de 2012.

Manque d’ambition

Mais voilà, ces résultats en demi-teinte c’est de l’histoire ancienne. Désormais, promis-juré, le Grand Lyon va mettre le booster. Les émissions de CO2, n’ont qu’à bien se tenir, elles sont promises à un recul de 32 % entre 2020 et 2030, tandis que la consommation d’énergie est censée baisser de 28 %. Quant aux énergies renouvelables, leur part va croitre pour atteindre 17% en 2030. Et tant pis si ce n’est même pas l’objectif que le Grand Lyon s’était initialement fixé pour 2020. D’autant qu’énergie renouvelable rime pour le Grand Lyon essentiellement avec chaufferies au bois qui émettent, elles aussi, du gaz à effet de serre.

Car le Grand Lyon se veut pragmatique. « Tout ce qui est dans le plan climat est chiffré, et nous disons comment nous allons y arriver », s’est félicité Bruno Charles. Pour réaliser ses calculs, le Grand Lyon a en effet compilé les schémas qu’il a adoptés ces dernières années dans différents domaines : le Plan de déplacement urbain (PDU) de 2017, le Plan oxygène sur la pollution de l’air de 2016 et le Schéma directeur des énergies de cette année. Le problème est que ces programmes manquent cruellement d’ambition.

Dans le secteur des transports, responsable de 29 % des émissions de CO2 dans l’agglomération, le PDU prévoit ainsi pour 2030 que 8 % des déplacements se feront à vélo dans l’agglomération lyonnaise. C’est certes quatre fois plus qu’en 2019 mais ni plus ni moins que le niveau déjà constaté aujourd’hui à Strasbourg. Et la capitale alsacienne est elle-même loin des meilleures élèves comme Copenhague où 30 % des déplacements se font à bicyclette. C’est donc sans surprise si la voiture reste encore reine en 2030 dans le Grand Lyon, même si sa part devrait légèrement reculer de 44 % à 35 %. Les transports en commun plafonneront, eux, à 22 % dans dix ans. Là aussi, d’autres villes européennes n’ont pas attendu pour faire mieux : A Francfort 39% des déplacements se font déjà en bus, tram et métro tandis que les Zurichois sont 63% à plébisciter les transports en commun. Et ce n’est pas le Plan Oxygène et sa zone à faible émission, en vigueur à partir du 1er janvier prochain qui va y changer grand-chose. Réglementant uniquement la circulation des utilitaires et poids-lourds, il ne concerne pas du tout les véhicules des particuliers.

C’est finalement dans le secteur du logement que le Grand Lyon se montre le plus ambitieux. 200 000 logements devront être rénovés entre 2020 et 2030. Et le même nombre raccordé au réseau de chaleur de la ville, tout en convertissant les 38 000 logements encore chauffés au fioul à des carburants moins polluants. Le souci : le dispositif d’aide à la rénovation énergétique du Grand Lyon Eco’Rénov créé en 2015 n’a permis de retaper qu’un peu moins de 8000 logements en quatre ans. Alors qu’il en faudra 20 000 par an sur dix ans pour atteindre l’objectif du Plan climat. Une gageure.

Pas de quoi doucher l’optimisme du Grand Lyon qui devra voter le document le 16 décembre prochain. « A l’unanimité », espère son président qui rappelle que le PCAET « engage les choix budgétaires de la prochaine majorité ».

Photo : Michael Augustin

Publié le : mercredi 4 décembre 2019, par Michael Augustin

Réagir : 

 


Commenter :


modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

EELV contre Monsanto

Tribunal administratif : faut-il interdire le Roundup ?

« Il faut protéger la population et les agriculteurs », s'est écrié Julien Bayou, porte-parole national (...)
La suite
Fanny, décrocheuse de portrait de Macron

« Je veux pouvoir dire à mes nièces que je me suis battue pour elles »

A l'occasion du procès de deux militants écologistes, poursuivis pour avoir décroché le portrait d'Emmanuel (...)
La suite
Action « Décrochons Macron »

Place Guichard : journée engagée et festive pour le climat

Conférences, témoignages, concerts gratuits, une journée de mobilisation pour le climat se tiendra lundi 2 septembre (...)
La suite
Pisseurs volontaires

Glyphosate dans l'urine : une plainte contre fabricants, élus et agences sanitaires

Après avoir découvert du glyphosate dans leurs urines, quatre-vingt-neuf personnes ont porté plainte au Tribunal de (...)
La suite
Rapport Greenpeace

Les écoles lyonnaises baignent dans la pollution

Après Paris, Marseille et Strasbourg, Greenpeace s'est penchée sur la situation entre Saône et Rhône. Et le (...)
La suite
Pollution de l'air

Climat : David Kimelfeld ou le fantasme de l'infirmière

Année après année, la quasi-totalité de la population métropolitaine est exposée à une pollution aux particules fines, (...)
La suite
Main rouge au Grand Lyon

« La Métropole ne fait pas assez pour le climat ! »

Samedi 13 octobre, ils étaient à nouveau 15 000 selon les organisateurs et 10 000 selon la police, 120 000 dans 86 (...)
La suite